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Dimanche 5 avril 2020 – Jour 20

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Depuis le début du confinement, il y a un discours qui revient souvent et qui crée de jolies batailles dans certains fil de commentaires. La grande question étant de savoir si les conséquences sociales et économiques du confinement ne seront au final pas plus importantes et graves que la maladie elle-même. Ou plus directement, est-ce que le remède ne sera pas pire que la cause. Il y a bien entendu tout l’aspect financier et économique de la chose, à savoir que plus le confinement durera et par voie de conséquence la fermeture des commerces ou services non-essentiels, plus le risque de perdre son emploi ou son entreprise pour les indépendants et artisans va augmenter. Il y a également l’aspect social et humain, c’est à dire dans quel état mental, psychique et physique va-t-on émerger à la fin du confinement. Evidement, les deux aspects sont intimement liés sous maints angles de vue.

La grande peur de celles et ceux à qui le confinement a été imposé est de savoir si dans quelques semaines ou mois, il auront toujours un travail et si oui, auront-ils toujours le même salaire aux mêmes conditions ? Il est certain que si la situation s’étend sur des mois, il y aura sans doute pas mal de PME à déposer le bilan. Il y a des mesures de sauvegarde mises en place pas les gouvernements, mais seront-elles suffisantes si rien ne redémarre d’ici mi-mai ou début juin, voire encore plus tard ? A l’heure actuelle, ce ne sont que questionnements et conjectures, tant la situation que nous vivons est unique. Les catastrophes naturelles, on connaît, on sait qu’un tsunami ou un cyclone font d’énormes ravages et prennent un nombre non négligeable de vies, mais ce sont des événements très courts dans leur survenance. De quelques minutes à quelques heures. Très vite, ensuite, la vie « normale » reprend ses droits, les gens s’organisent et en quelques semaines ou quelques mois, il ne reste guère que quelques cicatrices visibles. J’ai pu le constater aux Antilles après le passage des deux ouragans Irma et Maria. 

La situation actuelle est radicalement différente, d’une part parce que l’événement s’installe dans la durée, et surtout personne ne sait quand il prendra réellement fin. Par fin, j’entends que nous ayons un vaccin utilisable et que les mesures sanitaires actuelles ne soient plus nécessaires. En outre, il est presque impossible de se prémunir contre le Covid-19, tant les moyens à disposition sont inexistants ou en pénurie. Pour tout arranger, les catégories qu’on pensait pratiquement immunisées contre le virus ne le sont pas vraiment, même si les risques de tomber gravement malade sont moindres que pour d’autres. Il y a aussi les morts dont le chiffre qui augmente sans cesse finit par démoraliser les plus optimistes. A cause du confinement et des mesures d’isolement strictes des malades gravement atteints, il n’est même pas possible pour les proches d’aller rendre visite à l’hôpital et éventuellement d’accompagner dans ses derniers instants un conjoint, un parent ou un ami proche. 

J’ai pu mesurer pendant 4 ans à quel point il peut être compliqué de partager avec quelqu’un un espace restreint et confiné. Dans mon cas, cela relevait d’un choix assumé, mais quand je pense à celles et ceux qui ont déjà de la peine à rester à la maison un week-end de mauvais temps, j’ose à peine imaginer l’enfer qui est en train de se développer dans certains foyers. Les cas de violences familiales ont déjà explosé et la police a dû abattre un homme complètement ivre qui battait sa femme et qui a décidé d’attaquer au couteau les agents venus pour le calmer et le maitriser. Et nous n’en sommes qu’à trois semaines de confinement. Admettons qu’un retour à la « normale » soit envisagé d’ici l’été, dans quel état sera alors la population ?  Comment gérer des dizaines ou des centaines de milliers de personnes qui auront tout perdu, seront au chômage ou à la rue ? Il y aura probablement des vagues de suicides et de violences et on peut se demander à quoi auront servi les sacrifices consentis pour lutter contre le virus ? Dans ces conditions, ne vaut-il pas mieux rapidement prendre le risque d’augmenter encore le nombre de malades et de morts, mais de permettre à celles et ceux qui passeront entre les gouttes de reprendre le cours de leur vie ? 

Je n’ai pas la réponse, ni même un début d’idée sur ce point. C’est une question philosophique et mathématique qui entrainera des décisions que je n’aimerais pas devoir prendre. Ni dans un sens, ni dans l’autre. Nos dirigeants sont actuellement sous le feu nourri de la critique quotidienne et quoi qu’il arrive ils se feront tirer dessus, c’est une certitude. Dans une telle situation, il n’y a malheureusement pas de bonne ou de mauvaise solution, juste une succession de choix cornéliens à mesure qu’elle évolue. Une chose est certaine, plus rien ne sera comme avant, personne n’échappera aux conséquences du Covid-19.

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Le sourire du jour, de la difficulté de gouverner :

Gouverner c’est prévoir (A. Thiers)

Samedi 4 avril 2020 – Jour 19

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En ce 19ème jour de confinement, je prends un moment pour me demander de quoi, au fond, je manque, ou plutôt de quoi j’ai l’impression de manquer. Eh bien le truc qui me manque le plus ici, c’est la salade de dents-de-lion ! Bon, je sais que vous êtes en train de penser que si mon seul problème est de ne pas pouvoir manger ce plat de saison, je ferais mieux de me taire ! Oui, mais c’est drôlement bon, la salade de dents-de-lion. Avec les petits lardons grillés et les oeufs mollets, c’est même un plaisir rare. Sinon, au niveau nourriture, je ne manque de rien, nous trouvons de très bons produits frais et bio (ou pas) auprès des petits producteurs locaux qu’on rencontrait jusqu’ici au marché le samedi matin. Vu l’interdiction des marchés, les étaliers ont obtenu une autorisation de faire des mini-marchés (3 producteurs maximum) et se répartissent l’espace tout au long de la semaine. De plus, il y a l’échoppe des petits producteurs qui reste ouverte quand l’épicerie paysanne vient de fermer pour un mois. Normal, le gars qui la tient a des soucis d’approvisionnements et ne réalisait que 10.-€ de chiffre d’affaire certains jours. Dans ces conditions, autant rester à la maison.

Au chapitre des « quoi », franchement, je n’ai pas l’impression de manquer de quoi que ce soit d’important ou d’immédiatement nécessaire. Evidemment, mon voilier et la navigation me manquent un peu, certains jours plus que d’autres. Le fait que les températures ne soient pas encore vraiment printanières m’aide bien également. Mais je sais que dès les bonnes chaleurs installées, ça va recommencer à me démanger. Même si on ne peut pas aller partout, le simple fait de pouvoir être en mer sera une fabuleuse récompense. De plus, Azymuthe est prêt à partir à 99%, juste un service moteur à faire et mettre les écoutes à poste.

J’ai d’ailleurs fait partie des râleurs lorsque la navigation est devenue interdite et les ports bouclés. Selon le raisonnement que si on parle de confinement, un des meilleurs et des plus sûrs endroits restait un bateau au mouillage et encore plus en haute mer. Oui, sauf qu’il y a tout l’aspect sécuritaire de la chose. En cas de problème important, gendarmerie, SNSM ou encore douanes sont tenues de répondre et d’intervenir. Dès lors, il est très vite apparu que les services d’urgence avaient sans doute d’autres priorités que le sauvetage de plaisanciers en balade. Donc très logiquement, tout le monde reste au port. J’adore être sur mon voilier, mais dès l’instant où on ne peut pas bouger et qu’on est confinés, je suis nettement mieux à terre pour profiter de tout le confort y relatif. 

En revanche si je ne ressens que très peu le manque matériel, je commence à avoir envie de voir ma famille, mes amis et mes proches. Ce d’autant que fixer une date raisonnable pour les retrouvailles est au mieux aléatoire en ce moment. On dit souvent que la nature a horreur du vide, je crois que l’humain, en général, a horreur de l’incertitude. Si la séparation d’avec ceux qu’on aime peut être parfois ressentie comme difficile, je trouve que ne pas savoir quand on les reverra est bien plus délicat à gérer. J’ai de la chance, nous sommes un petit groupe très sympa ici et si nous ne nous voyons pas systématiquement tous les jours, il est très agréable de savoir qu’on n’est pas complètement seuls et isolés comme certains.

Côté positif, nous avons la chance de vivre cette crise à l’heure d’internet, de l’email, des réseaux sociaux et des SMS ou apparentés. L’outil informatique constitue réellement un énorme plus, en tous cas pour toutes celles et tous ceux qui sont connectés. Télétravail, cours à distance, vidéo-conférence sont devenus indispensables en cette période de confinement. Si les cinémas et salles de spectacle sont fermés, nous avons le streaming et les diffusions en direct de certains artistes, eux aussi confinés. Dernier truc à la mode, le vidéo-apéro. Comme le relevait une amie, le gros avantage est qu’on n’a pas à prendre le volant pour rentrer à la maison.

Je me rends compte aussi que je pense plus souvent aux gens que j’aime et apprécie et ai envie de prendre des nouvelles et en donner. L’occasion peut-être aussi de renouer des liens distendus ou brisés. En cette fin de 3ème semaine de confinement, le temps long a commencé à s’installer et même si nous ne savons pas encore quand les choses vont commencer à vraiment s’améliorer, je pense que nous avons tous adapté notre manière de vivre et fonctionner. L’être humain est naturellement résilient lorsque les circonstances l’exigent. Avec des exceptions, bien sûr.

Je trouve également très intéressant de réfléchir à l’après Covid-19. Quelles vont être les conséquences sociales immédiates ? S’achemine-t-on vers le port permanent du masque dans l’espace public ? Est-ce que les serrements de mains ou les embrassades vont disparaitre de nos usages et habitudes ? Va-t-on revoir les hygiaphones aux guichets postaux, administratifs et bancaires ? Est-ce que les magasins devront conserver des accès réduits ou au contraire vont-ils disparaitre au profit des commandes en ligne pour tout, tout le temps ? Et les bistros, hôtels et autres restaurants, bars et boites de nuit ? Alors que le bistro/PMU de quartier est une institution sociale presqu’aussi ancienne que le regroupement des populations en villages, bourgs et villes, quel visage aura-t-il demain ? Finies les tables rondes où les esseulés se retrouvaient pour partager un verre et un moment de discussion en revenant des courses ou du travail ? Fini les apéros conviviaux agglutinés au comptoir où les miasmes circulent plus vite qu’une MST dans un clandé du XIXème siècle ? 

On parle beaucoup de désinfection systématique et quotidienne de tout l’espace public. Imaginons un instant ce que ça signifie pour nos habitudes de vie, pour les commerces et entreprises. J’imagine qu’il va falloir s’adapter et organiser son quotidien selon de nouveaux standards très contraignants. Va-t-on devoir aller faire ses courses en devant systématiquement prendre des rendez-vous tout comme nous le faisons naturellement aujourd’hui pour aller chez le médecin ou le dentiste ? Si oui, j’imagine qu’on va relire nos listes de courses dix fois avant d’aller se ravitailler. Terminé d’aller en vitesse acheter le kilo de farine ou la branche de persil qu’on a oublié de noter.

Si nous trouvons normal de devoir appeler un restaurant pour réserver une table, imagine-t-on une nouvelle application de téléphone où nous devrons réserver une une table pour venir boire un café à une heure précise et pour une durée convenue ? Et franchement, je ne me vois pas bien vivre dans un monde où tout le monde serait masqué, où on ne pourrait plus voir un beau sourire d’enfant ou la joie d’une femme ou d’un homme qui vient d’apprendre une bonne nouvelle. Si nous devons rapidement changer la plupart de nos code sociaux et de vivre ensemble, comment vont se développer les rapports humains ?

Depuis des années, ma tendance au misanthropisme s’accentue et ce ne sont pas les cinq dernières années passée en mer qui ont arrangé les choses. Je suis assez sélectif dans mes relations sociales et amicales, mais les gens que j’aime et apprécie, j’ai besoin d’avoir des contacts avec eux. J’ai besoin de pouvoir les prendre dans mes bras, les embrasser, les toucher, leur serrer la main et les respirer. Vivre la solitude et l’isolement n’est pas facile ni évident, mais vivre isolé en étant entouré de gens me parait être une perspective bien attristante et déprimante. A l’aune de l’égoïsme qui tend à régir nos interactions sociales depuis vingt ou trente ans, l’avenir me parait tout sauf enviable. Comme un leitmotiv que les fans de la série Game of Throne connaissent par coeur, « winter is coming ».

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain. 

L’éclat de rire du jour :


Vendredi 3 avril 2020 – Jour 18

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C’est formidable, la solidarité internationale ! Après les Tchèques qui ont réquisitionné du matériel sanitaire à destination de la France, la France qui a fait la même chose pour du matériel destiné à la Suisse ou le Kenya qui a fait le coup aux Allemands, voilà maintenant que les Américains s’en mêlent en bloquant les masques qui devaient arriver en France. Et comme ils ne font pas les choses à moitié, ils ont aussi envoyé des représentants à la source, c’est à dire en Chine et proposent 3 à 4 fois plus de fric aux Chinois pour que les cargaisons à destination d’autres pays arrivent chez eux. Certains diplomates occidentaux en Chine racontent qu’ils vont bientôt devoir aller dormir sur les containers de matériel sanitaire dans les entrepôts pour éviter de se les faire voler ou détourner. C’est formidable, non ? Comme quoi, en cas de crise, adieu la solidarité, adieu les accords feutrés dans les salons des palaces ou des ambassades, c’est la guerre et la guerre, on le sait, c’est sale. Tous les coups sont permis. La convention de Genève, c’est de la déco pour temps de paix ou lorsqu’on regarde les atrocités d’un conflit qui se déroule loin de chez soi. 

Alors évidement, les chefs d’Etats des autres pays râlent, crient au scandale et à la trahison sur l’air de « mais enfin on est amis et alliés, ça ne se fait pas ! » Non, mais les gars, réveillez-vous, on dirait que vous découvrez avec stupéfaction les lois du capitalisme. Vous vous souvenez, il n’y a pas si longtemps, lorsque les plus précaires demandaient un peu plus d’équité sociale et salariale, des trucs aussi insensés que la sauvegarde ou la garantie des emplois et une réglementation de la mondialisation et du jeu boursier ? Si ma mémoire ne me fait pas défaut, vous veniez à la tribune ou à la télévision nous expliquer avec gravité ou enthousiasme (selon les circonstances) les fameuses lois du Marché, ce merveilleux Marché qui comprend tout, qui régule tout et qui se charge d’organiser nos vies et notre consommation. Oui, oui, ce Marché qui est source de tant de bonheur pour le peuple et qui ne se trompe jamais. 

Sauf que, visiblement, le Marché n’avait pas prévu le Covid-19 non plus que le niveau d’impréparation de l’énorme majorité des gouvernements face à une telle crise sanitaire. Pas de matériel, pénurie de lits et de soignants, déserts médicaux et absence d’autonomie dans la fabrication des médicaments sont autant de raisons de l’échec flagrant dans la gestion de la pandémie. Depuis que l’épicentre de la maladie s’est déplacé aux USA, ces derniers comptent environ un mort par minute sur leur territoire. 1’440 morts par jour. Compliments !  S’ils ne bidouillaient pas leurs chiffres comme Sarkozy avait maquillé ses comptes de campagne, il n’y a guère que les Chinois qui pourraient jouer dans le marigot sanitaire américain. Eux sont malins et maitrisent la propagande mieux que Goebbels dans les années 30. Non seulement ils accusent les occidentaux d’être à l’origine du virus, mais ils se permettent en plus de médiatiser l’aide qu’ils apportent maintenant en Italie et ailleurs. Et les moutons occidentaux applaudissent cette abnégation et cette générosité. En Italie, on brûle les drapeaux européens comme le premier Palestinien venu brûle la bannière américaine dans la Bande de Gaza et ils remplacent le drapeau bleu aux étoiles jaunes par celui qui a l’étoile jaune sur fond rouge. A ce rythme, dans 6 mois, les steaks de chauve-souris et le ragout de pangolin auront remplacé la pizza les pâtes à la norma ! Enfin, l’exemple est peut-être mal choisi, alors disons les nems et les sauterelles grillées.  

Et masque sur le respirateur (la cerise sur le gâteau, c’est désuet), nos chefs d’Etat ne peuvent même pas protester fermement auprès du gouvernement chinois, 80% de nos médicaments et de nos biens de consommation sont fabriqués chez eux à bas coût. Si Xi Jinping éternue, c’est tout l’occident qui s’enrhume illico. S’il y a une seule leçon à tirer de cette crise, c’est qu’il est impératif pour ne pas dire vital que nous, occidentaux, retrouvions rapidement une bonne autonomie industrielle et sanitaire. Il est insensé que notre survie dépende des capacités de production d’un seul pays, qui plus est un pays idéologiquement très éloigné de nos standards démocratiques. Encore que par les temps qui courent, la démocratie soit devenue un concept relativement abstrait. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Et l’éclat de rire (jaune) du jour :

L’exorciste c’est démodé ! Pour se faire peur, rien de mieux que le journal de 20 heures.

Jeudi 2 avril 2020 – Jour 17

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Et voilà, le soleil est revenu en même temps qu’une hausse modeste de la température. On en profite donc pour faire une petite lessive, du ménage et quelques courses. Pour la première fois aujourd’hui, je commence a sentir l’effet d’isolement du confinement. Comme je suis toujours sans permis de conduire, je ne peux pas aller faire les courses, mais quand je vois les autres s’échapper une ou deux heures pour aller au ravitaillement, j’ai parfois de courtes envies de voir un peu de monde, même si, distanciation oblige, les contacts sont forcément très limité. J’aime beaucoup les deux chats qui vadrouillent autour de la maison, mais je commence à bien les connaitre. Un coup d’oeil me suffit maintenant pour évaluer leur humeur du moment, s’ils viennent de manger ou s’ils émergent d’une sieste prolongée. La vie d’un chat n’est pas extraordinairement trépidante, mais par moments je les envie. Manger, boire, dormir, jouer avec un papillon ou une souris, regarder les oiseaux d’un oeil gourmand sont à peu près les seules activités disponibles quand il ne reste pas des heures immobile devant un trou en attendant que Jerry sorte prendre l’air. Et il parait qu’ils n’ont aucune notion du temps qui passe, les bienheureux.

Je me fais un peu l’impression d’être dans le même mouvement, si on peut appeler ça du mouvement. J’ai découvert des trésors visuels cachés rien qu’en me déplaçant d’un mètre. En temps normal je ne me serais jamais amusé à ce genre d’exercice, mais au bout de 17 jours, n’importe quel changement, n’importe quelle modification des habitudes ou de la routine est bon à prendre. Tiens, aujourd’hui, je regarde les lessives sécher. Si si… Eh bien en observant les mouvements du linge sur les fils, j’arrive à en déduire les caprices du vent, la manière dont il tournoie entre les arbres, barrières, renfoncements et murets qu’on a tout autour de nous. Passionnant, je vous dis ! Bon, je ferais peut-être pas ça toute la journée, mais ça occupe un moment, le temps que la pâte à gâteau soit prête. Parce qu’on s’est lancé dans la pâtisserie, par ici. Délicieuses tartes aux fruits, divins moelleux au chocolat, brownies ou madeleines maison, on a ou on va essayer plein de choses. Sans parler du pain ! Des années que j’ai envie de faire mon pain, eh bien c’est l’occasion ou jamais.

Sinon, je continue à faire très attention aux heures que je passe sur Internet et essaie de vraiment me limiter à l’essentiel. Heureusement qu’il y a encore pas mal de publications humoristiques, parce que certaines infos sont tout simplement désespérantes. On a pu voir que des gens mettaient spontanément des logements vacants à disposition des soignants, soit gratuitement, soit à des tarifs vraiment préférentiels. Ces actions m’ont touché, ému, je les salue avec grand respect et profonde reconnaissance. Malheureusement, tout le monde n’a pas cette généreuse mentalité. Ainsi ces deux infirmières qui se sont vues signifier qu’elles étaient indésirables dans les immeubles où elles vivent. La première a eu droit à un mot anonyme dans sa boite aux lettre, lui demandant d’aller habiter ailleurs, la seconde a carrément été foutue dehors par ses propriétaires ! Comment ? Simple, ils lui ont coupé l’eau chaude et le chauffage, la forçant à partir, elle et son compagnon ! 

Franchement, ce n’est pas mon style de souhaiter du mal aux gens, mais là, j’espère que ces rats d’égouts (les vrais rats voudront excuser cette comparaison peu flatteuse pour eux) attraperont cette saleté de virus et qu’on les laissera crever sur le trottoir devant l’hôpital la bouche ouverte ! Et ensuite directement sur le tas d’ordures, à leur juste place. Ou éventuellement incinérés et utilisés comme engrais, histoire qu’il servent tout de même à quelque chose d’utilité publique. Une chose est certaine, s’ils étaient déjà de ce monde en 1941, ces braves citoyens n’étaient sans doute pas dans la résistance, mais avaient plutôt leur rond de serviette à La Carlingue. 

Je veux bien que la peur et l’angoisse peuvent amener certains à des comportements irraisonnés et hors norme, mais il y a tout de même des limites. Lorsque des gens vont chaque jour se mettre en danger pour sauver leurs semblables, peu importe la trouille qu’on peut ressentir de son côté, on fait tout pour les soutenir et les aider. Oserait-on traiter de cette façon des soldats qui reviennent malades du front après s’être battus comme des fous pour notre sécurité et notre liberté ? Poser la question est y répondre. Et sinon, autre motif de désespérer de notre humanité bancale, la guerre des stocks de masque et de matériel médical se poursuit, certains pays continuant à bloquer et réquisitionner des stocks en transit qui ne leur sont pas destinés. Là aussi, on peut comprendre le réflexe si humain qui surgit en arrière-plan, mais si l’humanité ne décide pas rapidement de faire front commun quelle que soit la culture, la langue ou la religion, alors nous aurons creusé notre propre tombe et ce ne sera que justice. Tout le monde n’est pas habité par le sens du sacrifice, mais là, c’est une question de simple décence. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain 

On aimerait pouvoir en rire, ça me donne simplement envie de pleurer.


Mercredi 1er avril 2020 – Jour 16

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Et voilà, c’est fait, on s’en doutait depuis quelques jours que la France affichait publiquement sa faiblesse sur la scène internationale, montrait qu’elle ne parvenait plus à gérer le nombre exponentiel de malades et profitant que ses militaires sont déployés dans les villes pour aider la gendarmerie à faire respecter le confinement, la Suisse a annexé la Savoie et la Franche-Comté la nuit dernière ! Une opération éclair menée entre 22h et minuit, à la Suisse, c’est à dire sans bruit. Grâce aux rapports des agents du service de renseignements de la Confédération infiltrés en vendeurs itinérants de tome de Savoie et de cancoillotte, Berne a rapidement compris que cette opération ne serait pas plus compliquée que celle, pour Patrick Balkany, de venir ouvrir un compte à l’agence UBS de Genève.

Alors que la bannière suisse flottait sur les bâtiments officiels de Besançon et Annecy, le Conseil fédéral a tenu une conférence de presse tôt ce matin au palais fédéral. Les questions étaient évidemment nombreuses et, une fois n’est pas coutume, les ministres suisses sont allés droit au but, n’esquivant pas les questions délicates. Florilège :

Question : Vous vous ennuyez à Berne ?

Simonetta Sommaruga (Présidente) : Oui, un peu. Depuis 3 semaines, nous cherchons Ignazio (Cassis – ministre des affaires étrangères) et on se demandait comment le faire revenir. La dernière fois qu’on l’a vu, il sortait du palais fédéral avec l’oreiller de Leuenberger et depuis, plus aucune nouvelle. Ce n’est pas qu’il soit très utile, mais on n’en pouvait plus de Maudet qui appelait deux fois par jour pour proposer ses services. Maintenant, on peut le nommer gouverneur de Savoie, il adorera ça. 

Q. : Mais pourquoi la Savoie et la Franche-Comté ?

Alain Berset (ministre de l’intérieur) : Et pourquoi pas ? C’est joli la Savoie, non ? Et pis y a des tas de montagnes, ça ne nous dépaysera pas trop. On avait aussi pensé à la Bretagne, Ueli adore les crêpes ! Mais c’est loin, il pleut tout le temps et les Bretons n’ont pas le caractère facile. On a déjà assez à faire avec les séparatistes jurassiens et s’il faut se taper des manifs de gilets jaunes en cornettes, merci bien ! 

Guy Parmelin (ministre de l’économie) : Et moi j’adore les pinards d’Arbois, leur vin jaune, trop bon ! On a pensé aussi à tous ces Suisses qui vont remplir le coffre de leur 4×4 chaque véquinde au Géant-Casino de Pontarlier. Depuis que les frontières sont fermées, on avait beaucoup trop de réclamations. Et Broulis était contrarié de ne plus pouvoir aller acheter son Canard Enchaîné aux Fourgs le mercredi-soir. 

Alain Berset : On est neutre et plutôt gentils, on a sacrifié notre secret bancaire pour faire plaisir à Flanby et comme remerciement, le marcheur agité qui l’a remplacé a osé bloquer les stocks de masques FFP2 qui nous étaient destinés. On allait quand même pas rester les bras croisés, ou bien ? On aurait bien envoyé Ignazio pour discuter, mais comme on le trouve pas, on a dû improviser.

Q. : Avez-vous rencontré une forte résistance des Comtois et des Savoyards ?

Viola Amherd (ministre de la défense) : Aucune ! Faut dire qu’on avait bien préparé le terrain et qu’on n’a pas lésiné sur la propagande. Pendant trois jours, on les a inondé de tracts où on leur a expliqué quel pays merveilleux est la Suisse. Une TVA à 8%, pas de grèves, des trains à l’heure, des hôpitaux tous les 20 km, des vrais salaires, une retraite garantie et un pouvoir d’achat qui fait passer l’émir du Koweit pour un smicard. Et coup de grâce, on leur a rappelé que chez nous il pourraient jouer à la démocratie régulièrement avec le droit d’initiative et de référendum. Bon, pour être honnête, on a évité de parler du montant des loyers et des primes d’assurance maladie et on a peut-être oublié de leur indiquer le prix du pain et des médicaments. Sinon, on a juste dû calmer Chevènement qui exigeait une place au Conseil fédéral. On lui a promis un poste d’ambassadeur à Paris et il est retourné se coucher tout content. 

Q. : Et quelle est la réaction de l’Elysée ?

Alain Berset : B’en normalement c’était à Ignazio de s’en charger, mais comme il doit être en train de creuser un troisième tube sous le Gothard avec une fourchette à escargot, c’est moi qui m’en suis chargé. Ueli Maurer (ministre des finances) voulait s’y coller (il adore Brigitte), mais vu le niveau de son français et les connaissances de Macron en züridütsch, on en aurait eu pour une semaine.  Avec Parmelin on est les seuls à parler français et Guy savonnait un peu trop après avoir passé la moitié de la nuit à une dégustation comparative entre le vin jaune et la malvoisie flétrie et …

Guy Parmelin : Match nul ! Franchement les deux se valent, ça dépend un peu des années. En plus, j’ai paumé ma cravate et ça ne se fait pas d’appeler un président en exercice sans cravate. Surtout pour lui annoncer qu’on lui a sucré 6 départements plus vite qu’il ne lance une réforme. Donc c’est Alain qui a pris le biniou. 

Q. : Et alors ? Comment a réagi le président Macron ?

Alain Berset : C’est un peu le problème, on n’a pas réussi à l’atteindre… J’ai finalement pu avoir Castaner au bout du fil qui m’a expliqué que Manu est très occupé avec la crise du Covid-19 et qu’il n’a pas de temps à perdre avec, je cite, « ces futilités de cour de récréation ». Jupiter a une guerre a gagner, un pays à réformer, des gilets jaunes à éborgner, des soignants à gazer et qu’il ne pouvait pas être partout à la fois. Surtout que depuis une semaine, il a ouvert un labo dans les caves de l’Elysée et fabrique de la chloroquine avec Raoult pendant que Brigitte coud des masques FFP2 avec Benalla à la Lanterne. Qu’on annexe la Savoie et la Franche-Comté si ça nous chante, de toute façon, on les suppliera de les reprendre avant 6 mois. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Le sourire du jour :


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