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Samedi 4 avril 2020 – Jour 19

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En ce 19ème jour de confinement, je prends un moment pour me demander de quoi, au fond, je manque, ou plutôt de quoi j’ai l’impression de manquer. Eh bien le truc qui me manque le plus ici, c’est la salade de dents-de-lion ! Bon, je sais que vous êtes en train de penser que si mon seul problème est de ne pas pouvoir manger ce plat de saison, je ferais mieux de me taire ! Oui, mais c’est drôlement bon, la salade de dents-de-lion. Avec les petits lardons grillés et les oeufs mollets, c’est même un plaisir rare. Sinon, au niveau nourriture, je ne manque de rien, nous trouvons de très bons produits frais et bio (ou pas) auprès des petits producteurs locaux qu’on rencontrait jusqu’ici au marché le samedi matin. Vu l’interdiction des marchés, les étaliers ont obtenu une autorisation de faire des mini-marchés (3 producteurs maximum) et se répartissent l’espace tout au long de la semaine. De plus, il y a l’échoppe des petits producteurs qui reste ouverte quand l’épicerie paysanne vient de fermer pour un mois. Normal, le gars qui la tient a des soucis d’approvisionnements et ne réalisait que 10.-€ de chiffre d’affaire certains jours. Dans ces conditions, autant rester à la maison.

Au chapitre des « quoi », franchement, je n’ai pas l’impression de manquer de quoi que ce soit d’important ou d’immédiatement nécessaire. Evidemment, mon voilier et la navigation me manquent un peu, certains jours plus que d’autres. Le fait que les températures ne soient pas encore vraiment printanières m’aide bien également. Mais je sais que dès les bonnes chaleurs installées, ça va recommencer à me démanger. Même si on ne peut pas aller partout, le simple fait de pouvoir être en mer sera une fabuleuse récompense. De plus, Azymuthe est prêt à partir à 99%, juste un service moteur à faire et mettre les écoutes à poste.

J’ai d’ailleurs fait partie des râleurs lorsque la navigation est devenue interdite et les ports bouclés. Selon le raisonnement que si on parle de confinement, un des meilleurs et des plus sûrs endroits restait un bateau au mouillage et encore plus en haute mer. Oui, sauf qu’il y a tout l’aspect sécuritaire de la chose. En cas de problème important, gendarmerie, SNSM ou encore douanes sont tenues de répondre et d’intervenir. Dès lors, il est très vite apparu que les services d’urgence avaient sans doute d’autres priorités que le sauvetage de plaisanciers en balade. Donc très logiquement, tout le monde reste au port. J’adore être sur mon voilier, mais dès l’instant où on ne peut pas bouger et qu’on est confinés, je suis nettement mieux à terre pour profiter de tout le confort y relatif. 

En revanche si je ne ressens que très peu le manque matériel, je commence à avoir envie de voir ma famille, mes amis et mes proches. Ce d’autant que fixer une date raisonnable pour les retrouvailles est au mieux aléatoire en ce moment. On dit souvent que la nature a horreur du vide, je crois que l’humain, en général, a horreur de l’incertitude. Si la séparation d’avec ceux qu’on aime peut être parfois ressentie comme difficile, je trouve que ne pas savoir quand on les reverra est bien plus délicat à gérer. J’ai de la chance, nous sommes un petit groupe très sympa ici et si nous ne nous voyons pas systématiquement tous les jours, il est très agréable de savoir qu’on n’est pas complètement seuls et isolés comme certains.

Côté positif, nous avons la chance de vivre cette crise à l’heure d’internet, de l’email, des réseaux sociaux et des SMS ou apparentés. L’outil informatique constitue réellement un énorme plus, en tous cas pour toutes celles et tous ceux qui sont connectés. Télétravail, cours à distance, vidéo-conférence sont devenus indispensables en cette période de confinement. Si les cinémas et salles de spectacle sont fermés, nous avons le streaming et les diffusions en direct de certains artistes, eux aussi confinés. Dernier truc à la mode, le vidéo-apéro. Comme le relevait une amie, le gros avantage est qu’on n’a pas à prendre le volant pour rentrer à la maison.

Je me rends compte aussi que je pense plus souvent aux gens que j’aime et apprécie et ai envie de prendre des nouvelles et en donner. L’occasion peut-être aussi de renouer des liens distendus ou brisés. En cette fin de 3ème semaine de confinement, le temps long a commencé à s’installer et même si nous ne savons pas encore quand les choses vont commencer à vraiment s’améliorer, je pense que nous avons tous adapté notre manière de vivre et fonctionner. L’être humain est naturellement résilient lorsque les circonstances l’exigent. Avec des exceptions, bien sûr.

Je trouve également très intéressant de réfléchir à l’après Covid-19. Quelles vont être les conséquences sociales immédiates ? S’achemine-t-on vers le port permanent du masque dans l’espace public ? Est-ce que les serrements de mains ou les embrassades vont disparaitre de nos usages et habitudes ? Va-t-on revoir les hygiaphones aux guichets postaux, administratifs et bancaires ? Est-ce que les magasins devront conserver des accès réduits ou au contraire vont-ils disparaitre au profit des commandes en ligne pour tout, tout le temps ? Et les bistros, hôtels et autres restaurants, bars et boites de nuit ? Alors que le bistro/PMU de quartier est une institution sociale presqu’aussi ancienne que le regroupement des populations en villages, bourgs et villes, quel visage aura-t-il demain ? Finies les tables rondes où les esseulés se retrouvaient pour partager un verre et un moment de discussion en revenant des courses ou du travail ? Fini les apéros conviviaux agglutinés au comptoir où les miasmes circulent plus vite qu’une MST dans un clandé du XIXème siècle ? 

On parle beaucoup de désinfection systématique et quotidienne de tout l’espace public. Imaginons un instant ce que ça signifie pour nos habitudes de vie, pour les commerces et entreprises. J’imagine qu’il va falloir s’adapter et organiser son quotidien selon de nouveaux standards très contraignants. Va-t-on devoir aller faire ses courses en devant systématiquement prendre des rendez-vous tout comme nous le faisons naturellement aujourd’hui pour aller chez le médecin ou le dentiste ? Si oui, j’imagine qu’on va relire nos listes de courses dix fois avant d’aller se ravitailler. Terminé d’aller en vitesse acheter le kilo de farine ou la branche de persil qu’on a oublié de noter.

Si nous trouvons normal de devoir appeler un restaurant pour réserver une table, imagine-t-on une nouvelle application de téléphone où nous devrons réserver une une table pour venir boire un café à une heure précise et pour une durée convenue ? Et franchement, je ne me vois pas bien vivre dans un monde où tout le monde serait masqué, où on ne pourrait plus voir un beau sourire d’enfant ou la joie d’une femme ou d’un homme qui vient d’apprendre une bonne nouvelle. Si nous devons rapidement changer la plupart de nos code sociaux et de vivre ensemble, comment vont se développer les rapports humains ?

Depuis des années, ma tendance au misanthropisme s’accentue et ce ne sont pas les cinq dernières années passée en mer qui ont arrangé les choses. Je suis assez sélectif dans mes relations sociales et amicales, mais les gens que j’aime et apprécie, j’ai besoin d’avoir des contacts avec eux. J’ai besoin de pouvoir les prendre dans mes bras, les embrasser, les toucher, leur serrer la main et les respirer. Vivre la solitude et l’isolement n’est pas facile ni évident, mais vivre isolé en étant entouré de gens me parait être une perspective bien attristante et déprimante. A l’aune de l’égoïsme qui tend à régir nos interactions sociales depuis vingt ou trente ans, l’avenir me parait tout sauf enviable. Comme un leitmotiv que les fans de la série Game of Throne connaissent par coeur, « winter is coming ».

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain. 

L’éclat de rire du jour :


Vendredi 3 avril 2020 – Jour 18

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C’est formidable, la solidarité internationale ! Après les Tchèques qui ont réquisitionné du matériel sanitaire à destination de la France, la France qui a fait la même chose pour du matériel destiné à la Suisse ou le Kenya qui a fait le coup aux Allemands, voilà maintenant que les Américains s’en mêlent en bloquant les masques qui devaient arriver en France. Et comme ils ne font pas les choses à moitié, ils ont aussi envoyé des représentants à la source, c’est à dire en Chine et proposent 3 à 4 fois plus de fric aux Chinois pour que les cargaisons à destination d’autres pays arrivent chez eux. Certains diplomates occidentaux en Chine racontent qu’ils vont bientôt devoir aller dormir sur les containers de matériel sanitaire dans les entrepôts pour éviter de se les faire voler ou détourner. C’est formidable, non ? Comme quoi, en cas de crise, adieu la solidarité, adieu les accords feutrés dans les salons des palaces ou des ambassades, c’est la guerre et la guerre, on le sait, c’est sale. Tous les coups sont permis. La convention de Genève, c’est de la déco pour temps de paix ou lorsqu’on regarde les atrocités d’un conflit qui se déroule loin de chez soi. 

Alors évidement, les chefs d’Etats des autres pays râlent, crient au scandale et à la trahison sur l’air de « mais enfin on est amis et alliés, ça ne se fait pas ! » Non, mais les gars, réveillez-vous, on dirait que vous découvrez avec stupéfaction les lois du capitalisme. Vous vous souvenez, il n’y a pas si longtemps, lorsque les plus précaires demandaient un peu plus d’équité sociale et salariale, des trucs aussi insensés que la sauvegarde ou la garantie des emplois et une réglementation de la mondialisation et du jeu boursier ? Si ma mémoire ne me fait pas défaut, vous veniez à la tribune ou à la télévision nous expliquer avec gravité ou enthousiasme (selon les circonstances) les fameuses lois du Marché, ce merveilleux Marché qui comprend tout, qui régule tout et qui se charge d’organiser nos vies et notre consommation. Oui, oui, ce Marché qui est source de tant de bonheur pour le peuple et qui ne se trompe jamais. 

Sauf que, visiblement, le Marché n’avait pas prévu le Covid-19 non plus que le niveau d’impréparation de l’énorme majorité des gouvernements face à une telle crise sanitaire. Pas de matériel, pénurie de lits et de soignants, déserts médicaux et absence d’autonomie dans la fabrication des médicaments sont autant de raisons de l’échec flagrant dans la gestion de la pandémie. Depuis que l’épicentre de la maladie s’est déplacé aux USA, ces derniers comptent environ un mort par minute sur leur territoire. 1’440 morts par jour. Compliments !  S’ils ne bidouillaient pas leurs chiffres comme Sarkozy avait maquillé ses comptes de campagne, il n’y a guère que les Chinois qui pourraient jouer dans le marigot sanitaire américain. Eux sont malins et maitrisent la propagande mieux que Goebbels dans les années 30. Non seulement ils accusent les occidentaux d’être à l’origine du virus, mais ils se permettent en plus de médiatiser l’aide qu’ils apportent maintenant en Italie et ailleurs. Et les moutons occidentaux applaudissent cette abnégation et cette générosité. En Italie, on brûle les drapeaux européens comme le premier Palestinien venu brûle la bannière américaine dans la Bande de Gaza et ils remplacent le drapeau bleu aux étoiles jaunes par celui qui a l’étoile jaune sur fond rouge. A ce rythme, dans 6 mois, les steaks de chauve-souris et le ragout de pangolin auront remplacé la pizza les pâtes à la norma ! Enfin, l’exemple est peut-être mal choisi, alors disons les nems et les sauterelles grillées.  

Et masque sur le respirateur (la cerise sur le gâteau, c’est désuet), nos chefs d’Etat ne peuvent même pas protester fermement auprès du gouvernement chinois, 80% de nos médicaments et de nos biens de consommation sont fabriqués chez eux à bas coût. Si Xi Jinping éternue, c’est tout l’occident qui s’enrhume illico. S’il y a une seule leçon à tirer de cette crise, c’est qu’il est impératif pour ne pas dire vital que nous, occidentaux, retrouvions rapidement une bonne autonomie industrielle et sanitaire. Il est insensé que notre survie dépende des capacités de production d’un seul pays, qui plus est un pays idéologiquement très éloigné de nos standards démocratiques. Encore que par les temps qui courent, la démocratie soit devenue un concept relativement abstrait. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Et l’éclat de rire (jaune) du jour :

L’exorciste c’est démodé ! Pour se faire peur, rien de mieux que le journal de 20 heures.

Jeudi 2 avril 2020 – Jour 17

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Et voilà, le soleil est revenu en même temps qu’une hausse modeste de la température. On en profite donc pour faire une petite lessive, du ménage et quelques courses. Pour la première fois aujourd’hui, je commence a sentir l’effet d’isolement du confinement. Comme je suis toujours sans permis de conduire, je ne peux pas aller faire les courses, mais quand je vois les autres s’échapper une ou deux heures pour aller au ravitaillement, j’ai parfois de courtes envies de voir un peu de monde, même si, distanciation oblige, les contacts sont forcément très limité. J’aime beaucoup les deux chats qui vadrouillent autour de la maison, mais je commence à bien les connaitre. Un coup d’oeil me suffit maintenant pour évaluer leur humeur du moment, s’ils viennent de manger ou s’ils émergent d’une sieste prolongée. La vie d’un chat n’est pas extraordinairement trépidante, mais par moments je les envie. Manger, boire, dormir, jouer avec un papillon ou une souris, regarder les oiseaux d’un oeil gourmand sont à peu près les seules activités disponibles quand il ne reste pas des heures immobile devant un trou en attendant que Jerry sorte prendre l’air. Et il parait qu’ils n’ont aucune notion du temps qui passe, les bienheureux.

Je me fais un peu l’impression d’être dans le même mouvement, si on peut appeler ça du mouvement. J’ai découvert des trésors visuels cachés rien qu’en me déplaçant d’un mètre. En temps normal je ne me serais jamais amusé à ce genre d’exercice, mais au bout de 17 jours, n’importe quel changement, n’importe quelle modification des habitudes ou de la routine est bon à prendre. Tiens, aujourd’hui, je regarde les lessives sécher. Si si… Eh bien en observant les mouvements du linge sur les fils, j’arrive à en déduire les caprices du vent, la manière dont il tournoie entre les arbres, barrières, renfoncements et murets qu’on a tout autour de nous. Passionnant, je vous dis ! Bon, je ferais peut-être pas ça toute la journée, mais ça occupe un moment, le temps que la pâte à gâteau soit prête. Parce qu’on s’est lancé dans la pâtisserie, par ici. Délicieuses tartes aux fruits, divins moelleux au chocolat, brownies ou madeleines maison, on a ou on va essayer plein de choses. Sans parler du pain ! Des années que j’ai envie de faire mon pain, eh bien c’est l’occasion ou jamais.

Sinon, je continue à faire très attention aux heures que je passe sur Internet et essaie de vraiment me limiter à l’essentiel. Heureusement qu’il y a encore pas mal de publications humoristiques, parce que certaines infos sont tout simplement désespérantes. On a pu voir que des gens mettaient spontanément des logements vacants à disposition des soignants, soit gratuitement, soit à des tarifs vraiment préférentiels. Ces actions m’ont touché, ému, je les salue avec grand respect et profonde reconnaissance. Malheureusement, tout le monde n’a pas cette généreuse mentalité. Ainsi ces deux infirmières qui se sont vues signifier qu’elles étaient indésirables dans les immeubles où elles vivent. La première a eu droit à un mot anonyme dans sa boite aux lettre, lui demandant d’aller habiter ailleurs, la seconde a carrément été foutue dehors par ses propriétaires ! Comment ? Simple, ils lui ont coupé l’eau chaude et le chauffage, la forçant à partir, elle et son compagnon ! 

Franchement, ce n’est pas mon style de souhaiter du mal aux gens, mais là, j’espère que ces rats d’égouts (les vrais rats voudront excuser cette comparaison peu flatteuse pour eux) attraperont cette saleté de virus et qu’on les laissera crever sur le trottoir devant l’hôpital la bouche ouverte ! Et ensuite directement sur le tas d’ordures, à leur juste place. Ou éventuellement incinérés et utilisés comme engrais, histoire qu’il servent tout de même à quelque chose d’utilité publique. Une chose est certaine, s’ils étaient déjà de ce monde en 1941, ces braves citoyens n’étaient sans doute pas dans la résistance, mais avaient plutôt leur rond de serviette à La Carlingue. 

Je veux bien que la peur et l’angoisse peuvent amener certains à des comportements irraisonnés et hors norme, mais il y a tout de même des limites. Lorsque des gens vont chaque jour se mettre en danger pour sauver leurs semblables, peu importe la trouille qu’on peut ressentir de son côté, on fait tout pour les soutenir et les aider. Oserait-on traiter de cette façon des soldats qui reviennent malades du front après s’être battus comme des fous pour notre sécurité et notre liberté ? Poser la question est y répondre. Et sinon, autre motif de désespérer de notre humanité bancale, la guerre des stocks de masque et de matériel médical se poursuit, certains pays continuant à bloquer et réquisitionner des stocks en transit qui ne leur sont pas destinés. Là aussi, on peut comprendre le réflexe si humain qui surgit en arrière-plan, mais si l’humanité ne décide pas rapidement de faire front commun quelle que soit la culture, la langue ou la religion, alors nous aurons creusé notre propre tombe et ce ne sera que justice. Tout le monde n’est pas habité par le sens du sacrifice, mais là, c’est une question de simple décence. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain 

On aimerait pouvoir en rire, ça me donne simplement envie de pleurer.


Mercredi 1er avril 2020 – Jour 16

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Et voilà, c’est fait, on s’en doutait depuis quelques jours que la France affichait publiquement sa faiblesse sur la scène internationale, montrait qu’elle ne parvenait plus à gérer le nombre exponentiel de malades et profitant que ses militaires sont déployés dans les villes pour aider la gendarmerie à faire respecter le confinement, la Suisse a annexé la Savoie et la Franche-Comté la nuit dernière ! Une opération éclair menée entre 22h et minuit, à la Suisse, c’est à dire sans bruit. Grâce aux rapports des agents du service de renseignements de la Confédération infiltrés en vendeurs itinérants de tome de Savoie et de cancoillotte, Berne a rapidement compris que cette opération ne serait pas plus compliquée que celle, pour Patrick Balkany, de venir ouvrir un compte à l’agence UBS de Genève.

Alors que la bannière suisse flottait sur les bâtiments officiels de Besançon et Annecy, le Conseil fédéral a tenu une conférence de presse tôt ce matin au palais fédéral. Les questions étaient évidemment nombreuses et, une fois n’est pas coutume, les ministres suisses sont allés droit au but, n’esquivant pas les questions délicates. Florilège :

Question : Vous vous ennuyez à Berne ?

Simonetta Sommaruga (Présidente) : Oui, un peu. Depuis 3 semaines, nous cherchons Ignazio (Cassis – ministre des affaires étrangères) et on se demandait comment le faire revenir. La dernière fois qu’on l’a vu, il sortait du palais fédéral avec l’oreiller de Leuenberger et depuis, plus aucune nouvelle. Ce n’est pas qu’il soit très utile, mais on n’en pouvait plus de Maudet qui appelait deux fois par jour pour proposer ses services. Maintenant, on peut le nommer gouverneur de Savoie, il adorera ça. 

Q. : Mais pourquoi la Savoie et la Franche-Comté ?

Alain Berset (ministre de l’intérieur) : Et pourquoi pas ? C’est joli la Savoie, non ? Et pis y a des tas de montagnes, ça ne nous dépaysera pas trop. On avait aussi pensé à la Bretagne, Ueli adore les crêpes ! Mais c’est loin, il pleut tout le temps et les Bretons n’ont pas le caractère facile. On a déjà assez à faire avec les séparatistes jurassiens et s’il faut se taper des manifs de gilets jaunes en cornettes, merci bien ! 

Guy Parmelin (ministre de l’économie) : Et moi j’adore les pinards d’Arbois, leur vin jaune, trop bon ! On a pensé aussi à tous ces Suisses qui vont remplir le coffre de leur 4×4 chaque véquinde au Géant-Casino de Pontarlier. Depuis que les frontières sont fermées, on avait beaucoup trop de réclamations. Et Broulis était contrarié de ne plus pouvoir aller acheter son Canard Enchaîné aux Fourgs le mercredi-soir. 

Alain Berset : On est neutre et plutôt gentils, on a sacrifié notre secret bancaire pour faire plaisir à Flanby et comme remerciement, le marcheur agité qui l’a remplacé a osé bloquer les stocks de masques FFP2 qui nous étaient destinés. On allait quand même pas rester les bras croisés, ou bien ? On aurait bien envoyé Ignazio pour discuter, mais comme on le trouve pas, on a dû improviser.

Q. : Avez-vous rencontré une forte résistance des Comtois et des Savoyards ?

Viola Amherd (ministre de la défense) : Aucune ! Faut dire qu’on avait bien préparé le terrain et qu’on n’a pas lésiné sur la propagande. Pendant trois jours, on les a inondé de tracts où on leur a expliqué quel pays merveilleux est la Suisse. Une TVA à 8%, pas de grèves, des trains à l’heure, des hôpitaux tous les 20 km, des vrais salaires, une retraite garantie et un pouvoir d’achat qui fait passer l’émir du Koweit pour un smicard. Et coup de grâce, on leur a rappelé que chez nous il pourraient jouer à la démocratie régulièrement avec le droit d’initiative et de référendum. Bon, pour être honnête, on a évité de parler du montant des loyers et des primes d’assurance maladie et on a peut-être oublié de leur indiquer le prix du pain et des médicaments. Sinon, on a juste dû calmer Chevènement qui exigeait une place au Conseil fédéral. On lui a promis un poste d’ambassadeur à Paris et il est retourné se coucher tout content. 

Q. : Et quelle est la réaction de l’Elysée ?

Alain Berset : B’en normalement c’était à Ignazio de s’en charger, mais comme il doit être en train de creuser un troisième tube sous le Gothard avec une fourchette à escargot, c’est moi qui m’en suis chargé. Ueli Maurer (ministre des finances) voulait s’y coller (il adore Brigitte), mais vu le niveau de son français et les connaissances de Macron en züridütsch, on en aurait eu pour une semaine.  Avec Parmelin on est les seuls à parler français et Guy savonnait un peu trop après avoir passé la moitié de la nuit à une dégustation comparative entre le vin jaune et la malvoisie flétrie et …

Guy Parmelin : Match nul ! Franchement les deux se valent, ça dépend un peu des années. En plus, j’ai paumé ma cravate et ça ne se fait pas d’appeler un président en exercice sans cravate. Surtout pour lui annoncer qu’on lui a sucré 6 départements plus vite qu’il ne lance une réforme. Donc c’est Alain qui a pris le biniou. 

Q. : Et alors ? Comment a réagi le président Macron ?

Alain Berset : C’est un peu le problème, on n’a pas réussi à l’atteindre… J’ai finalement pu avoir Castaner au bout du fil qui m’a expliqué que Manu est très occupé avec la crise du Covid-19 et qu’il n’a pas de temps à perdre avec, je cite, « ces futilités de cour de récréation ». Jupiter a une guerre a gagner, un pays à réformer, des gilets jaunes à éborgner, des soignants à gazer et qu’il ne pouvait pas être partout à la fois. Surtout que depuis une semaine, il a ouvert un labo dans les caves de l’Elysée et fabrique de la chloroquine avec Raoult pendant que Brigitte coud des masques FFP2 avec Benalla à la Lanterne. Qu’on annexe la Savoie et la Franche-Comté si ça nous chante, de toute façon, on les suppliera de les reprendre avant 6 mois. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Le sourire du jour :


Mardi 31 mars 2020 – Jour 15

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J’ai abordé la problématique des anciens face au Covid-19, comorbidité souvent importante, fragilité et vulnérabilité due au vieillissement, isolement ou encore solitude. De l’autre côté, il y a les jeunes, les enfants, les ados et les jeunes adultes. On a pu voir qu’au début de l’épidémie, de nombreuses informations indiquaient que les jeunes étaient quasi à l’abri du virus et que s’il l’attrapaient, la plupart étaient des porteurs sains ou avec des symptômes très légers. J’imagine qu’il n’est pas simple de devoir expliquer à un enfant qu’il ne peut plus jouer avec ses petits camarades à cause des risques de transmission/propagagtion, surtout si le risque de tomber malade est proche de zéro, avec évidemment des exceptions qui comme pour le reste de la population sont liées à des facteurs aggravants. Avec les ados et les jeunes adultes, ça devrait être plus simple, mais pas vraiment. Je me disais ce matin que je vivais cette épidémie et le confinement au filtre de mon expérience de vie et de mon bon demi-siècle d’existence. Donc selon un principe de précaution élémentaire pour éviter d’attraper le Covid-19 et surtout éviter de le transmettre plus loin en cas de contamination. Je reconnais aussi que je fais partie de celles et ceux qui se sont énervés (et s’énervent encore) quand on voit l’insouciance ou l’égoïsme de certains, et oui, des jeunes en particulier.

Puis j’ai rembobiné un peu et je me suis revu à 18-20 ans. Et là, tout change, en particulier le rapport qu’on entretient à la mort et surtout à sa propre mortalité. En clair, à 18, 20 ou 25 ans, en bonne santé, en pleine forme et un vaste avenir devant soi, on est tout simplement immortel ! Enfin, on sait bien qu’on ne l’est pas, mais on vit et on fonctionne comme si c’était le cas. C’est en prenant de la bouteille qu’on commence à percevoir les choses différemment et qu’on prend de plus en plus conscience de la préciosité de la vie, de son caractère unique et surtout très éphémère. Le danger est une abstraction pour un jeune qui se découvre et cherche des sensations fortes. En revanche, passé le demi-siècle, avec quelques petits soucis de santé dûs à l’âge qui s’installe gentiment, on prend moins de risques, on commence, mais pas toujours, à écouter les conseils de son toubib et plutôt que d’aller en Syrie pour faire des images de la guerre, on préfère aller se prélasser quinze jours sur une plage brésilienne. Enfin, actuellement, ce serait plutôt quinze jours dans son salon. 

Les geeks ne seront sans doute pas d’accord, mais à 20 ans, on ne tient pas en place, il faut sortir, bouger, voir les potes, s’amuser, faire du sport, passer du temps avec son petit copain ou sa petite amie, sortir en boîte, bref, vivre ! Alors qu’on a toute la vie devant soit, on avance souvent avec la frustration de ne pas trouver assez de temps pour faire tout ce qu’on voudrait. Entre 20 et 30 ans, je rêvais de journées de 72 heures et si je les avais eues, j’en aurais demandé le double. Donc, resté confiné à cause d’une nanobêbête qui ne s’attaque a priori qu’aux vieux et aux déjà malades, laissez-moi rire ! Dans les années 80, on aurait probablement mis sur pied des soirées Covid en proposant des breuvages exotiques aux couleurs fluo tout en dansant à poil autour d’un feu géant en écoutant « Highway to Hell » et « Stairway to Heaven » à coin. Les contrôles de police ? Tiens, fume c’est du belge ! Immortels, je vous dis ! Et oui, ç’aurait été totalement stupide, inepte et inconscient, pour ne pas dire irresponsable. 

C’est pourtant ce que font les jeunes ces temps. Sachant que le confinement allait être effectif, ils ont organisé des super bastringues où on le sait, on ne boit pas que du lait, on ne fume pas que du tabac et on ne prend pas que de l’aspirine. On se désinhibe et c’est parti pour les bêtises, pour rester poli. Faire la fête, réflexe normal que chacun a face à un changement important. Les enterrements de vie de garçon et de jeune fille, les fêtes avant de partir à la guerre ou d’aller s’installer à l’autre bout du monde sont des choses normales, humaines et socialement nécessaires. Sauf que là, les choses ont vraiment changé et je doute qu’on retrouve nos petites habitudes quand la situation d’urgence aura disparu. Plus la pandémie durera, plus ces changements seront profonds. Relations humaines, voyages, loisirs, travail, santé, consommation, pas mal de choses devraient être durablement modifiées à l’avenir. Le Covid risque de changer nos vies comme le sida a bouleversé notre sexualité il y a bientôt 40 ans. 

Seulement voilà, chers « immortels », il est temps de siffler la fin de la récréation. Parce que finalement, même si vous êtes bien moins vulnérables au virus que vos ainés, eh bien le Covid-19 commence également à faire des dégâts dans votre tranche d’âge et certains d’entre-vous l’ont déjà payé du prix ultime, leur vie. Les plus chanceux s’en sortiront sans séquelles quand d’autres traineront problèmes respiratoires et insuffisance pulmonaire pour le reste de leur vie. Un jeune Californien est mort à 19 ans parce qu’il n’avait pas d’assurance, d’autres sont décédés ou sont en train de mourir à l’hôpital à cause du virus parce qu’ils se sont vraisemblablement contaminés lors de grandes fêtes, avant et depuis le début du confinement. La plupart ne présentaient pourtant aucun signe de comorbidité. Je n’ai pas de leçons à vous donner, mais le Covid finira par passer, donc soyez prudents, soyez patients et respectez les consignes. Si vous ne le faites pas pour vous, pensez un instant à celles et ceux que votre comportement risque de mettre en grand danger. Notre liberté s’arrête là où commence celle des autres.  

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Un éclat de rire pour terminer ce billet


Lundi 30 mars 2020 – Jour 14

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Au moment où nous bouclons notre seconde semaine de confinement, j’ai une pensée pour toutes celles et tous ceux qui depuis plusieurs semaines, et pas seulement depuis le début des mesures strictes de confinement, sont au front de l’épidémie et n’ont plus une minute de temps libre ou presque, vacillant entre épuisement mental et physique. Il y a bien sûr tous les soignants, mais pas que. Si je trouve normal qu’on parle beaucoup d’eux et qu’on leur adresse notre reconnaissance de différentes manières, j’ai le sentiment qu’on « oublie » trop les autres, tous les autres qui vont au charbon afin que nous puissions tout de même vivre avec un semblant de normalité dans une situation qui ne l’est en aucune manière. Je trouve dommage que la lumière dans laquelle on baigne nos courageux soignants laisse par contraste les autres dans l’ombre de la reconnaissance socio-médiatique. Alors que nous râlons ou pleurnichons parce que nous sommes bloqués à la maison et que nos déplacements sont limités à l’indispensable, j’aimerais qu’on prenne un moment pour penser à celles et ceux qui n’ont pas cette chance de pouvoir assurer leur sécurité sanitaire. 

Je vais sans doute en oublier et je les prie d’avance de m’excuser, mais voilà en vrac celles et ceux sans qui notre confinement virerait au cauchemar : employés de supermarchés, commerces et acteurs de la chaine alimentaires, routiers et chauffeurs-livreurs, marins et dockers, employés d’entrepôts et de distribution, éboueurs et employés de déchèteries, balayeurs de rue, employés des centrales électriques et raffineries, pompiers et forces de l’ordre, conducteurs-chauffeurs et employés des transports en commun, militaires, agents d’entretien des transports, journalistes de terrain, ambulanciers et urgentistes, employés de pharmacie et laborantins, employés d’aéroports et personnel navigant, employés de la chaine de production pharmaceutique, agriculteurs, éleveurs et maraichers, personnel des abattoirs, guichetiers et agents d’accueil administratifs, postiers, employés de voirie, employés des télécommunications, personnel carcéral, etc. Ca en fait du monde sur le pont ! Et quand on voit la pénurie de matériel pour celles et ceux qui sont au contact direct du virus, il est clair que tous les autres travaillent sans protection ou presque afin que nous ayons encore cette illusion de normalité. Dans une moindre mesure, je pense à ceux qui se sont sacrifiés à Tchernobyl et Fukushima afin que le reste de l’humanité puisse continuer à vivre à peu près normalement.

Etrange situation où les confinés tournent en rond chez eux en se demandant s’ils auront encore un emploi ou leur entreprise quand ce sera fini et où ceux qui travaillent tous les jours se demandent s’ils seront toujours vivants et en bonne santé lorsque la vie reprendra son cours normal. Depuis des années des voix s’élèvent contre la mondialisation et ses dérives, notamment pour ce qui concerne le dumping salarial et l’écart toujours grandissant entre les très riches et la classe moyenne qui, à de rares exceptions près, se paupérise chaque année un peu plus. Au-delà du débat de fond, il me semble important de relever qu’en situation de crise (ici, sanitaire, mais qui s’appliquerait à n’importe quelle situation de crise, économique, sociale, militaire ou catastrophe naturelle), eh bien ce sont en énorme majorité les moins bien payés qui sont les plus indispensables à notre survie. Le risque de vivre des situations d’urgence telles que celle dans laquelle nous somme plongés jusqu’au cou, c’est que nous ne nous focalisions que sur l’immédiatement nécessaire et vital en laissant de côté les causes et raisons qui nous conduit dans l’impasse. Lorsque nous râlons et sommes contrariés parce que nous ne pouvons plus aller boire un verre avec les copains, voir un film, voyager ou faire notre petit jogging, pensons à la chance que nous avons de pouvoir rester à l’abri quand d’autres n’ont pas ce choix.

Il n’est évidemment pas question de sacrifier les premières nécessités vitales sur l’autel du débat philosophique, mais il me parait tout aussi nécessaire et indispensable, le moment venu, de remettre en question notre mode de vie et de consommation. Puisque celles et ceux qui assurent notre survie actuelle n’ont sans doute ni le temps ni l’énergie de se poser ce genre de questions (encore que), il serait bien que nous qui sommes confinés et avons donc plein de disponibilité, prenions un peu de temps pour réfléchir à la suite. Quel type de société voulons-nous, dans quel monde souhaitons-nous vivre et laisser à nos descendants, où plaçons-nous notre reconnaissance sociale, à quelle échelle mesurons-nous notre réussite et celle des autres et quelle véritable importance donnons-nous à notre confort personnel ?

Placés devant une situation de crise qui est en train de changer pas mal de choses et entrainera sans doute de profonds bouleversements dans un futur proche, il est temps de commencer à réfléchir à ce que nous voulons vraiment et de se demander si un rééquilibrage des richesses et des priorités socioéconomiques n’est pas maintenant une nécessité. Ce serait sans doute une belle manière de montrer notre reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui continuent d’assurer notre bien-être actuellement. Si nous parvenons à tirer les bonnes leçons de cette crise, alors nous aurons fait un véritable pas en avant. Dans le cas contraire, toutes celles et tous ceux qui sont morts l’auront été pour rien et nos applaudissements aux balcons ne resteront que comme une manifestation de plus de notre stupidité, de notre égoïsme et de notre hypocrisie. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Je vous laisse méditer cette phrase de l’auteur du Petit Prince.


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