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Dimanche 29 mars 2020 – Jour 13

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Et un dimanche, un. Je dois reconnaître que depuis des années, cette notion de semaine / week-end ne signifie plus grand chose pour moi. A part la fermeture des magasins et le fait que certains soient en congé, j’ai pris l’habitude de ne plus rythmer mon quotidien en fonction des fins de semaine ou des vacances scolaires. De plus, aux Antilles, presque tout étant ouvert 7/7, j’avais donc perdu la notion de semaine qui est la référence de tous ceux qui travaillent ou ont des enfants scolarisés. De ce point de vue, le confinement n’a rien changé pour moi ou plutôt m’a permis de remonter les années. Depuis que je me suis proposé d’écrire un texte par jour j’ai en même temps retrouvé une échelle temporelle plus significative. Puisque qu’on parle de temps, ce dimanche, nous sommes passés à l’heure d’été. J’ai vu passer plusieurs messages humoristiques qui disaient en substance « quelle chance, on va pouvoir rester une heure de plus à la maison ». Oui, sauf que non. En fait, on a comme chaque année « perdu » une heure vu que nous avons avancé nos montres et pendules de 60 minutes. Les noctambules le savent bien, puisque chaque dernier week-end de mars, ils ont une heure de moins pour danser et boire des verres dans les établissements de nuit. En fait, c’est le dernier week-end d’octobre que nous récupéreront cette heure et pourrons dormir ou festoyer une heure de plus, comme chaque année.

Ca me rappelle le « débat » ou plutôt les copieuses engueulades à l’époque du passage à l’an 2000. Pour beaucoup, cela signifiait entrer dans le 21ème siècle et le 3ème millénaire. Eh bien non, mathématiquement, l’an 2000 fut la dernière année du 20ème siècle et du second millénaire.  Une dizaine, une centaine et un millier commencent tous à 1 et se terminent à 10, 100 et 1000.  Cette confusion s’était alors développée à cause de ce qu’on a appelé le bug de l’an 2000 pour les ordinateur qui à l’époque n’étaient pas en capacité de gérer mathématiquement le passage à l’an 2000. Une véritable psychose s’était installée, certains voyaient les avions tomber en plein vol à minuit pile, les équipements de sécurité nucléaire tomber en panne mettant les centrales à l’arrêt, le matériel hospitalier géré par ordinateur faire de même et les systèmes boursiers et bancaires se mettre aux abonnés absents. Bref, on nous promettait l’apocalypse. Finalement, beaucoup de bruit pour rien, sauf quelques pannes mineures, le fameux bug qui devait mettre le monde à genoux ne fit pas plus de bruit qu’un pet de nonne glissant sur une toile cirée. D’ailleurs, cette année 2020 terminera la première décennie du nouveau siècle et du nouveau millénaire. Pas une grande perte vu la façon dont on l’a débutée. 

Hier, j’ai fait une pause et ne suis donc pas allé m’abreuver au catastrophisme ambiant concernant le Covid-19. Ca fait un bien fou et si j’avais un conseil à vous donner en lien avec cette ambiance très anxiogène que les médias entretiennent, eh bien ce serait de vous couper totalement de l’info pendant au moins 24 heures. Parce que mis à part l’augmentation du nombre de malades et de morts, le feuilleton concernant l’efficacité de la chloroquine ou les théories du complot concernant l’origine du virus, vous n’apprendrez rien de plus ou presque. Comme le soufflé tend à redescendre un peu (on commence gentiment à se faire à la nouvelle donne), nos médias qui vivent de cette manne que sont les catastrophes en tous genres, les faits-divers, les scandales et la misère humaine en général, rivalisent d’efforts pour continuer à titiller votre psyché et alimenter le besoin de vous faire peur et de vous apitoyer sur le sort de celles et ceux qui sont encore plus mal loti que vous.

D’accord, il font leur travail et c’est pour cela que nous les payons, que ce soit via la redevance télé ou la publicité. Ce conseil d’éloignement s’adresse en priorité aux plus influençables et vulnérables nerveusement. Si vous commencez à vous réveiller en sueur au milieu de la nuit en visualisant des hôpitaux surchargés ou des tas de cadavres dans les rues, c’est le moment de vous débrancher du web et de tourner le bouton de vos postes de télé ou de radio. Pour être honnête, tel le toxicomane qui rêve et a besoin de sa prochaine dose, il est très difficile de renoncer à l’univers médiatique. On se dit tiens, et si j’allais regarder les dernières infos juste en vitesse, hein ? Histoire de ne pas passer pour un idiot à la pause café demain au boulot. De ce point de vue, je ne suis pas meilleur qu’un autre et ce matin, je me suis dépêché d’aller faire un tour sur Internet « juste pour avoir les derniers développements ».

A propos des médias, bien que ne regardant plus la télé depuis le 11/9 (à l’exception de temps en temps d’un match de tennis ou d’un GP de F1), je me suis demandé si la publicité allait continuer à déferler sur nos écrans tous les quarts d’heure et si oui, sous quelle forme et quels contenus. Parce qu’en ces temps de confinement j’essaie d’imaginer la page de pub qui précède ou suit le journal télévisé. Pendant 30 minutes on vous explique qu’il est vital de rester confiné et de respecter la fameuse distanciation sociale et dans la foulée, juste avant la météo, on vous balance des pubs qui montrent une joyeuse bande copains fraterniser en buvant des bières dans un bar bondé ou en se faisant des grillades pendant une fête de quartier. Sans parler des voyagistes qui vous proposent un merveilleuse croisière confinés sur un paquebot de 4’000 passagers pour 250.-€ la semaine tout compris, Covid-19 gracieusement offert avec les cacahuètes de l’apéro.

Je me suis donc dit, qu’en ces temps de crise, le premier budget que les entreprises allaient réduire serait celui de la publicité/marketing. Et quand on connait la dépendance des médias audio-visuels  et de la presse écrite aux annonceurs, le risque de voir la qualité de l’information et des programmes plonger va augmenter en même temps que la situation dure, quand ce n’est pas la survie de certains médias qui va se jouer. Je pense en particulier à toutes les télés et radios privées ainsi qu’à la presse gratuite du type « 20 Minutes ». Bon, si le Covid-19 peut signer l’arrêt de mort de la télé-réalité et envoyer Hanouna dans les poubelles de l’histoire, on ne va pas pleurer non plus, sauf peut-être Zemmour ou Moix qui perdront une possibilité de vomir leur haine et leur indigence intellectuelle aux heures de grande écoute. 

Idem pour les sites web qui vous forcent à faire de l’archéologie pour dénicher une information sous une avalanche de publicités plus débiles les unes que les autres et qui osent encore vous faire la morale quand vous utilisez un VPN et/ou un bloqueur de publicité. J’ai également une pensée pour toute la presse spécialisée sportive qui après avoir fait les fonds de tiroirs en multipliant les rubriques « Que sont-ils devenus » ou « Souvenez.-vous, c’était il y a 10 ans, 20 ans, 30 ans » vont avoir de la peine à sortir des numéros qui font plus de cinq pages, pubs comprises. Imaginez le journal ou le site de l’Equipe après 6 mois sans sport et bientôt privé de Tour de France. Certes, il reste encore le Mondial de tricot ou l’Euro de cuisine tradition, mais ça reste probablement moins passionnant à chroniquer qu’un match PSG-OM ou une finale Federer-Nadal. Je pense encore à tous ces pauvres athlètes, obligés de continuer à se doper dans le vide sans savoir s’il joueront ou courrons avant l’année prochaine.

En revanche, la presse spécialisée dans la survie (Comment équiper votre bunker en cas d’épidémie), le jardinage (Comment faire pousser des légumes bio sur le bord de votre fenêtre en ville), les armes à feu (Pour protéger votre jardinet, faut-il acheter un fusil à pompe ou un fusil d’assaut ?) ou encore la cuisine (Comment faire votre pain sans levure et sans farine) vont faire un carton. Le malheur des uns, refrain connu. La presse dite économique est également à l’abri du besoin ces dix prochaines années, tant le sujet va devenir prioritaire si l’épidémie perdure. J’ai essayé d’imaginer le futur de la publicité et je verrais assez des campagnes du genre, pour un tri-pack de lessive liquide acheté avant la fin du mois, vous recevez un rouleau de papier-toilette quadruple épaisseur doux comme la peau de bébé. A l’achat de douze boites de purée de tomate, vous avez 25% de rabais sur le paquet de 500g de spaghettis. Ou encore la pub d’un voyagiste qui vous proposera de gagner un week-end pour deux dans le parc public de votre ville par tirage au sort. Bref, il va falloir se réinventer dans tous les domaines.

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Mais surtout n’oubliez pas (merci Philippe Geluck) :


Samedi 28 mars 2020 – Jour 12

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Et hop, une traversée de faite. En ce douzième jour, je me fais la réflexion que c’est exactement la durée de ma traversée de l’Atlantique entre le Cap Vert et la Martinique il y a un peu plus de quatre ans. Que cela me semble loin. Il y a cinq ans, j’achetais Azymuthe qui s’appelait alors « Maris Stella II » et j’avais passé tout le printemps et l’été 2015 à le préparer et le prendre en main en Méditerranée. Pendant ces 5 dernières années, il fut ma résidence principale et nous avons vu bien du pays, Espagne, Canaries, Cap Vert et la grande majorité de l’archipel antillais. Je me dis que le confinement n’est pas très différent d’une transat où on reste confiné dans un espace restreint avec un paysage qui ne varie que peu, la vraie différence étant que ça roule et tangue sans cesse pendant douze jours. Au fond, ici, c’est un peu pareil, c’est la météo qui change et donc qui fait évoluer le paysage. Enfin, pas tout à fait dans la mesure où le printemps nous offre une nature en constante évolution, du moins si on prend le temps de la regarder et de l’écouter. Par exemple, Le bruit du vent dans les arbres a changé. Il n’y a pas si longtemps, quand le vent se levait, on l’entendait siffler dans les branches, il emportait avec lui les feuilles mortes encore accrochées aux branches, les renvoyant en tournoiements et arabesques gracieuses devant nos fenêtres. 

Maintenant que le feuillage est arrivé, le vent bruisse et chante dans les ramures, frémit en faisant ondoyer l’herbe encore verte mais qui finira par prendre une belle teinte jaune au coeur de l’été. Là-bas, au fond du jardin quelqu’un a posé une chaise face au lac, une façon de changer de vue et d’ambiance. Ca semble un peu stupide de le dire comme ça, mais le simple fait de s’éloigner de vingt ou trente mètres de la maison donne le sentiment qu’on est ailleurs. Les bruits sont différents le vent ne souffle pas de la même manière et les odeurs changent légèrement. Bon, vous me direz que ce n’est pas propre au confinement et je suis d’accord. Sauf que là, depuis plus de dix jours, il me semble que mes sens sont en éveil permanent. Le cerveau momentanément débarrassé des contingences du quotidien, j’ai l’impression d’avoir plein de disponibilités sensitives et en profite à fond. Ca me rappelle un peu mon enfance quand je n’avais pas à me soucier que quoi que ce soit d’autre que de mes émois, à la découverte d’un monde presque complètement inconnu. Ce retour à l’enfance est pour moi un cadeau, le trivial et le quotidien reprendront leur place bien assez vite. Profitons de ce break pour redécouvrir notre environnement, laissons-nous porter un peu par le silence et le chant des oiseaux, essayons de retrouver une paix intérieure qu’en temps normal nous n’avons presque jamais le temps de visiter et savourer. 

A défaut de pouvoir se promener, on cherche et on trouve des astuces pour meubler sa journée. Aller boire un café une fois sur le « ponton », une fois sur la terrasse, une fois à l’intérieur permet de varier les plaisirs. Juste avant le confinement, en plein mois de février, on a eu le bonheur de voir l’amandier et l’abricotier en fleurs. Après quelques jours la tempête a tout emporté, il fallait donc profiter de l’instant. C’est d’ailleurs quelque chose que je me suis mis à faire presque tous les jours, je m’assieds, je prends un moment pour m’imprégner de cette nature si tranquille et sereine. Ce matin, grand bonheur, il était possible de rester dehors sans être habillé comme pour une expédition polaire. J’en ai bien profité. Ces jours, ce sont les pruniers sauvages qui enchantent la vue, il y en a presque partout où porte le regard et je mesure une fois encore le privilège de pouvoir endurer le confinement dans un tel écrin naturel. Aujourd’hui, pour la première fois, nous avons pu manger dehors à midi. Certes, nous ne sommes pas encore en chemisette ou t-shirt, mais avec un pull ou une veste légère, c’est que du bonheur. Un peu de chauffage ce matin pour enlever la crudité et l’humidité de la nuit et nous voilà parti pour une journée où il fait bon rester au soleil. 

Il y a trois nuits, ma minette s’est bagarrée avec le caïd du quartier et vu le tapis de poils retrouvé au matin dans le jardin, la baston a dû être sévère ! Du haut de ses presque seize ans, elle ne fait plus le poids face à des chats encore jeunes mais elle essaie tout de même de défendre encore son territoire. Le problème, c’est que depuis mon départ en mer, elle a beaucoup été seule, trop seule, et est devenue un peu sauvage. Impossible de la faire dormir à l’intérieur si on doit fermer à cause de la température. Elle passe donc sa vie dehors, mais vu l’insécurité féline qui règne ici, elle a besoin de pouvoir se réfugier quelque part si ça tourne mal. On lui a donc réinstallé un carton au fond duquel j’ai mis un vieux pull mité et elle a pris ses quartiers nocturnes dans la maison tout en pouvant sortir et rentrer au gré de ses envies. Celles et ceux qui ont un chat connaissent par coeur ce caprice qui consiste a miauler quand il veut rentrer et à peine dedans se remet à miauler pour sortir. Si on laisse faire, on passe sa journée à faire de la gymnastique en même temps que le chat. Et pour peu que la porte grince, c’est une excellente méthode pour rendre fous ses voisins. A propos de gymnastique, voici une idée pour garder la forme :

Attention tout de même aux risques d’épicondylite…

Une dernière chose concernant ce billet quotidien. Jusqu’ici j’ai presque toujours trouvé quelque chose à raconter sauf hier. Perdu dans mes pensées et mes émotions, je n’avais pas envie d’écrire et encore moins de narrer ce qui me trottait dans la tête. Normalement, il y aura chaque jour un bout de texte, mais il sera pas toujours étoffé ni bien écrit ni même inspiré. Il faut dire aussi que l’endroit où je suis ne propose pas d’actualité trépidante et je me rends compte que je n’ai pas envie non plus de parler tous les jours du virus et de l’état de propagation de la pandémie. Ce jour, en l’occurrence, je ne suis allé me balader ni sur Internet ni sur les réseaux sociaux, sauf pour répondre à un ou deux messages reçus. Ca m’a fait le plus grand bien de décrocher de l’actualité surtout en cette période anxiogène. Je vais certes continuer à proposer la mise à jour de la page dédiée aux chiffres en les commentant brièvement, mais la leçon de ces deux derniers jours est entendue, il est indispensable de prendre de la distance avec ce que nous vivons, sous peine de devenir complètement paranos et bons pour le cabanon. Sous couvert de partager les dernières nouvelles ou potins ou scandales liés à l’épidémie, certains ont basculé en mode pseudo-lanceurs d’alerte et donnent malheureusement dans la surenchère, quand ce n’est pas dans le complotisme. Il me semble que c’est déjà assez compliqué et parfois angoissant sans encore en rajouter en mode apocalyptique. De plus, après une montée en puissance et le matraquage médiatique qui s’en est suivi, le soufflé commence à redescendre un peu au même rythme que nous nous habituons à cette nouvelle situation. L’être humain est définitivement très résilient. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Encore un peu d’humour reçu ce jour d’un ami médecin :


Vendredi 27 mars – Jour 11

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Un feu de cheminée qui crépite, le silence, un voyage intérieur. Une journée paisible, l’esprit vagabond, quelques nouvelles sur les avancées du virus, ça tourne en boucle. Envies de lecture, petit encas, un peu de vaisselle, du ménage en vitesse, une salade et quelques nouvelles, la nuit tombe, une tisane et un bon bouquin, voilà le programme.

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

L’éclat de rire du jour !

Jeudi 26 mars 2020 – Jour 10

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Bon sang qu’est-ce que pince, ce matin. Le mercure du thermomètre ne veut définitivement pas aller au-delà de 3,5°. J’ai beau lui parler gentiment, lui demander où il est allé se promener cette nuit malgré le confinement, rien à faire, il me nargue, me snobe et refuse de grimper. Bon, b’en on fera avec. Ici, on est dans le Sud, pourtant. La neige, on la voit aussi souvent que les joueurs de tennis français gagner un tournoi du Grand Chelem ou que des baisses de primes d’assurance maladie en Suisse. Eh bien les montagnettes qu’on voit autour de nous de se parent d’un éphémère manteau blanc qui produit un joli contraste avec toute la verdure qu’on a alentours.

En dégustant mon thé qui me réchauffe bien les mains, je m’imprègne du paysage, si calme en ce début de matinée. Les oiseaux qui d’habitude se prélassent par dizaines sur l’eau du lac sont absents. Dans le lointain, on aperçoit quelques moutons, il vont sans doute venir nous dire bonjour comme presque chaque jour. En ce 10ème jour de confinement, je me fais la réflexion que je suis bien plus attentif au moindre changement de notre environnement. Plein de petites choses qui me laissent d’ordinaire de marbre trouvent maintenant un écho dans mes pensées. Je me surprends à suivre du regard le chat d’à côté, me demandant où il va et ce qu’il peut bien faire. Chaque jour, je vais rendre visite aux iris et sans aller jusqu’à écouter pousser les fleurs, j’observe plus minutieusement l’évolution de la végétation qui prend résolument ses quartiers de printemps. Tiens, pourquoi cet arbre peine encore à mettre ses feuilles alors que ses semblables nous offrent déjà une belle protection verte qui nous sera indispensable pour supporter le soleil méridional dans quelques semaines ? 

Dans ce magnifique écrin de beauté, le confinement peine à devenir une réalité tangible. J’ai vu ici et là des images étonnantes de centre-ville déserts, d’animaux se promenant sans peur dans des quartiers habités et si je ne vais pas sur internet, j’ai l’impression d’une journée ordinaire sans confinement. Mais il suffit de faire quelques kilomètres pour des courses et là, la réalité de la situation ne laisse aucun doute. Par exemple, plus question d’entrer librement à la pharmacie. Ils ont transformé une fenêtre en guichet, il faut faire la queue (ce qui ne change pas vraiment de l’habitude), sauf que les gens respectent la distance de sécurité. Quand c’est son tour, on demande ce qu’on veut, le personnel très serviable et agréable prépare la commande et quand elle est prête, on nous appelle pour le règlement. C’est à ce moment  uniquement qu’on est autorisé à entrer dans la pharmacie pour payer son dû. Une seule personne à la fois. Tout se passe bien, mais il faut de la patience.

Au supermarché, plus question de choisir entre le beurre bio doux ou mi-salé du producteur local et celui d’une laiterie industrielle. On prend ce qu’il reste et basta. On avait envie de se faire des hot-dogs, eh bien ce sera pour une prochaine fois. Sans saucisses de Vienne, c’est pas évident, mais sans pain, ça devient vraiment difficile. Enfin, on a pris de l’avance, il restait encore du ketchup. Et y a intérêt à garder un oeil sur son charriot parce que le nouveau sport à la mode, lorsque qu’un rayon est vide, est de repérer si l’article convoité ne se trouve pas par hasard dans le panier d’un autre client. Si oui, certains attendent que le voisin choisisse un truc un peu plus loin, et hop, ni vu ni connu je te déleste de la dernière plaque de beurre dispo. A ce rythme, il va bientôt falloir être armé pour aller acheter une baguette ou un rouleau de PQ.

Au-delà de ces anecdotes, il règne tout de même une ambiance particulière, une anxiété latente, comme si les gens percevaient à leur corps défendant que les choses ne seront plus jamais comme avant. Ca ne bavarde plus comme avant, on s’épie du coin de l’oeil en se demandant si celui qui est juste devant soi n’est pas malade, on se surprend à chercher des petits signes qui indiquerait qu’un tel ou une telle n’est pas blanc-bleu. Avis aux allergiques, si vous tenez à la vie, évitez de sortir faire vos courses si vous développez un épisode de crise sternutatoire. Il convient également d’éviter d’avaler des trucs de travers en public, le moindre raclement de gorge entraînant un bannissement immédiat de la zone. La défiance s’installe en même temps que la délation. Il semblerait que ceux qui jouent le jeu du confinement et en souffrent n’hésitent plus à appeler la police pour dénoncer les contrevenants. Ces méthodes rappellent des épisodes douloureux d’un temps pas si lointain où on dénonçait son voisin juif pour se faire bien voir des autorités d’occupation.

Certes il est vital qu’un maximum de gens respectent les consignes ou les interdictions, mais si ces délations deviennent la règle, je n’ose même pas imaginer ce qu’il restera du lien social une fois que cette crise sera derrière nous. Nous avons écarquillé les yeux de stupeur et de révolte lorsque nous avons découverts les méthodes de surveillance de la population chinoise par le gouvernement de Pékin. Nous nous sommes rassurés en nous disant que de telles méthodes n’auraient jamais cours dans nos démocraties occidentales. Que la population ne se laisserait pas faire. Et pourtant, en Suisse, l’opérateur de téléphonie Swisscom a communiqué qu’ils dénonceraient aux autorités la présence de plus de 20 portables en espaces restreints. Je plains les familles nombreuses. 

Tiens, ça me rappelle cette historiette qu’on racontait du temps où Moscou était la capitale de l’URSS. Savez-vous quel est le comble du bonheur en Union Soviétique ? C’est quand le KGB vient frapper à votre porte à 6h du matin en vous demandant si vous êtes bien Constantin Makerov et que vous pouvez répondre : non, c’est l’étage au-dessus.

Je ne sais pas si cela est dû au climat anxiogène qui sévit depuis plusieurs semaines, mais certaines nouvelles qui d’ordinaire ne me touchaient ni trop ni très longtemps semblent me poursuivre pendant des heures. Ainsi ce suicide de deux infirmières italiennes m’émeut profondément et heureusement qu’il y quelques belles initiatives pour remettre un peu de douceur dans ce monde qui devient chaque jour un peu plus fou. Comme ce pépiniériste qui, plutôt que de jeter ses invendus, est allé fleurir les tombes de sa commune. Ces petits gestes gratuits me font chaud au coeur et me réconcilient avec une humanité que je ne tiens pas en très haute estime dans l’ensemble.

Et il reste aussi l’humour sans lequel notre situation actuelle serait invivable. Ainsi cet horoscope du jour dans le journal La Région qui, côté amours, incitait le signe du taureau à « multiplier les sorties si vous voulez mettre toutes chances de votre côté pour rencontrer la bonne personne ». J’imagine les futures petites annonces du coeur du style « Monsieur d’âge mûr, bonne situation sociale et détenteur d’un stock de chloroquine, rencontrerait dame même situation ayant accès à un respirateur. Légère comorbidité  au Covid-19 bienvenue, bilan de santé sur demande. » Ou encore « Jeune divorcée sans emploi mais avec une imposante réserve de pâtes recherche homme dans la trentaine possédant un bon stock de bolognaise. » J’ai également bien rigolé en lisant qu’en Loire Atlantique, des petits malins se font passer pour des flics et encaissent des amendes pour non confinement. Ce n’est pas drôle pour les victimes, mais je salue la capacité d’adaptation des malandrins. 

Autre bonne nouvelle, il semble que les kamikazes de Daesh soient au chômage technique depuis que l’épidémie est devenue pandémie. Le commandement du groupe terroriste demande instamment à ses membres situé en Europe de ne pas rentrer et ils n’envoient plus personne se faire sauter chez nous. Bonne nouvelle encore, certains de leurs membres sont atteints du Covid-19 (11 morts) et j’imagine qu’ils ne doivent pas avoir accès à des moyens thérapeutiques de pointe si l’épidémie venait à les décimer. Le petit virus va peut-être réussir là où les plus puissantes armées du monde ont échoué. Ci-dessous, en image, une pensée philosophique pour terminer ce billet. Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Et en bonus, ces deux magnifiques hommages à Albert Uderzo (le dessinateur des Asterix) qui s’est éteint paisiblement à l’aube de ses 93 ans et a rejoint son complice René Goscinny disparu prématurément il y a plus de 40 ans. Une page de ma jeunesse qui se tourne définitivement.


Mercredi 25 mars – Jour 9

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J’aimerais débuter ce billet par des pensées émues pour l’amie de ma mère qui lutte maintenant pour sa survie au CHUV. Au-delà du soulagement que j’ai ressenti suite au miracle de hier, l’ambiance est bien plombée par les mauvaises nouvelles qui arrivent de l’hôpital. Certes, avec les moyens de communication modernes, il est heureusement possible de rester en contact étroit avec ses proches qui sont loin, mais ça reste virtuel. Encore que, par les temps qui courent, il est préférable de s’en tenir au virtuel. Tout cela m’a donné l’occasion de réfléchir à ce que signifie concrètement l’isolement ou la solitude dans une telle situation. De ce que j’ai pu lire et constater, il semble que les deux catégories les plus sensibles au confinement soient les jeunes et les anciens. Aujourd’hui, je vais parler un peu des seconds, je reviendrai sur les jeunes dans un autre billet, plus tard. Nos anciens, surtout ceux qui ont soufflé 70 bougies et plus, sont très durement touché par l’épidémie et ses conséquences. Les mauvaises langues prétendent d’ailleurs que la vieillesse c’est quand, à son anniversaire, on coûte plus cher en bougies qu’en gâteau !

Outre l’évidente vulnérabilité à la maladie ou aux accidents, beaucoup sont seuls et malheureusement souvent pas par choix, mais parce l’un des conjoints est déjà décédé. Evidement, plus l’âge est avancé plus grande est la probabilité qu’une personne soit seule. Pour celles et ceux qui vivent dans des établissements médicalisés, le confinement est sans doute perçu moins brutalement que pour celles et ceux qui vivent encore chez eux. Mais il est clair que plus on avance en âge, plus le vide se fait autour de nous. Quand on commence à compter ses amis et ses proches sur les doigts de la main, ça peut devenir vraiment difficile à vivre, surtout lorsque le besoin d’interactions sociales reste important. Il y a aussi les affinités qui entrent en ligne de compte et l’état de santé de chacun.

A ces âges, la moindre bricole peut faire basculer le bien-portant de son canapé vers les soins intensifs ou pire. Il n’y a guère que les solitaires par vocation, les  asociaux et les misanthropes à ne pas ressentir vraiment la difficulté du confinement. Pour celles et ceux qui ne brisaient leur solitude ou leur isolement qu’en sortant au bistro du quartier ou du village pour boire un café ou un canon en compagnie des copains ou des copines, c’est vraiment dur. Il y a bien des années, une vieille voisine presque centenaire que j’aimais beaucoup vivait seule dans son petit logement avec pour seule compagnie son chat. Je passais de temps en temps voir si tout allait bien et lui proposer de lui faire quelques courses, vu qu’elle ne se déplaçait que difficilement avec sa canne. Elle me remerciait toujours en déclinant la proposition, parce qu’aller chaque jour faire ses courses chez les petits commerçants du quartier était sa seule occasion de voir du monde et échanger quelques mots avec d’autres humains. En outre elle me disait malicieusement qu’à son âge, elle était encore contente de pouvoir faire un peu de « sport ». Elle ne me semblait pas malheureuse, elle vivait dans ses souvenirs entourée des photos de ses chers disparus, mais ça m’attristait de la savoir seule.

On dit souvent que la vieillesse est un naufrage, physique ou mental quand ce n’est pas les deux à la fois. Pour moi, la vieillesse c’est surtout la solitude, un repli sur soi, et lorsque les centres d’intérêts disparaissent ou sont inexistants, il ne reste plus que la télévision ou la radio pour rester en contact avec le monde. Ah, mais y a internet de nos jours. Oui, c’est vrai, mais combien de personnes âgées ont un ordinateur , une tablette ou un smartphone et savent s’en servir ? Certains encore vifs et alertes s’y mettent et finissent par arriver à les utiliser de manière plus ou moins autonome, mais pour beaucoup, ces engins sont autant d’outils diaboliques qui les effraient. Alors que ma mère s’y est mise et se débrouille parfaitement bien, ma marraine n’a jamais été capable de faire autre chose que lire des SMS et téléphoner avec son smartphone. Les rares fois où elle me répondait, c’est parce qu’elle était avec de la compagnie qui lui écrivait la réponse.

Dans une autre vie, j’ai donné des cours d’informatique et j’avais pas mal d’élèves âgés de plus de 65 ans qui venaient s’initier au maniement d’un PC et du traitement de texte. Au début de chaque cours, je faisais un tour de table en demandant aux gens de dire en quelques mots ce qu’ils attendaient du cours. Et je n’ai jamais oublié la réponse de cet attachant octogénaire et encore bien marié qui avait fait rire tout le monde en affirmant qu’il voulait pouvoir utiliser son traitement de texte pour écrire des lettres d’amour à ses… maîtresses. Pas SA, mais SES maitresseS. Et je vous assure que ce n’était pas de la vantardise. Le monsieur, 83 balais aux fraises, avait une réputation qui faisait passer DSK pour un chartreux. En cette période #metoo, je m’empresse de préciser que le monsieur en question était des plus respectueux. Pas le genre main au fesses, mais plutôt madrigal bien tourné. Et il avait un succès fou auprès des dames de plus de 60 ans. 

J’envoie donc une brassée de pensées douces à nos anciens qui doivent souffrir du confinement bien plus que ceux dans la force de l’âge qui peuvent meubler leur solitude en allant sur les réseaux sociaux, en regardant des films en streaming ou en faisant des vidéoconférences avec leurs amis et familles. Même si je pense que les consignes ou les obligations de confinement doivent être suivies à la lettre, je ne peux m’empêcher d’être relativement tolérant quand je vois ces anciens vulnérables braver les interdictions pour, l’espace d’une promenade sans raison particulière, briser leur solitude et se sentir vivants. 

Pour terminer, cette info désespérante concernant la propagation du Covid-19, la Suisse est championne du monde avec un taux d’infection de 120 personnes pour 100’000 habitants… A titre comparatif, l’Italie est à 115, la France à 34, l’Espagne à 102 et l’Allemagne à 41. Le Conseil fédéral ne donne toujours pas dans la politique-spectacle, mais il ne serait peut-être pas inutile que nos « sages » se réveillent et commence à suivre les conseils de la communauté scientifique qui implore le gouvernement de prendre enfin les mesures qui s’imposent. Le légendaire civisme suisse mis à l’épreuve de la pandémie n’a pas survécu. La preuve mathématique est maintenant établie. Le seul motif de satisfaction, si on peut utiliser ce terme dans les circonstances actuelles, réside dans le fait que la Suisse fait mieux que tous ses voisins (sauf l’Allemagne) en terme de décès pour 100’000 habitants. Cela tient sans doute à la densité de réseau de santé dans notre tout petit pays et à la qualité des soins qui y sont prodigués. 

Ah, encore une chose attristante, l’Europe est entrée dans une sorte de guerre des moyens sanitaires, puisque les Tchèques ont bloqué le matériel à destination de l’Italie et que la France a fait de même avec ce qui devait arriver en Suisse. On a aussi appris que le Kenya avait fait de même pour du matériel qui aurait dû parvenir à l’Allemagne. Vous avez dit solidarité ? 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.


Mardi 24 mars 2020 – Jour 8

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Vous souvenez du gars avec la dégaine de Didier Raoult, qui marchait sur l’eau, transformait les lépreux en sosies de Georges Clooney et faisait des paralytiques des Lance Armstrong au sommet du Ventoux ? Oui, celui qui changeait l’eau en romanée-conti, a mis la moitié des boulangers et pêcheurs de l’époque au chômedu et que 12 SDF suivaient absolument partout. Eh bien je suis au regret de vous informer que c’était un petit joueur. Je ne parle pas de ses prêches qui nous enjoignaient à nous aimer les uns les autres, message finalement si peu peu suivi qu’on se demande s’il n’y a pas eu une erreur de traduction à un moment donné, mais de sa réputation de faiseur de miracle.

La personne la plus chère à mon coeur, ma fringante vieille môman pour ne pas la nommer, avait passé quatre jours avec une amie, amie qui s’est ensuite retrouvée ensuite à l’hôpital atteinte du Covid-19. Inquiétude immédiate, d’une part parce son grand âge la place dans les personnes vulnérables, mais surtout parce que son historique médical augmente encore sensiblement sa vulnérabilité au virus. En clair, si elle l’attrape, ses chances de survie ressembleront à celles d’une baleine qui se serait aventurée par mégarde dans les eaux territoriales japonaises en pleine saison de pêche. Envoyée d’urgence hier à l’hôpital pour effectuer un test de dépistage (comme quoi, malgré les rumeurs, il en reste encore quelques-uns au fond des tiroirs des dispensaires de brousse), j’ai passé la journée de hier dans la peau de Jacques Mayol. Et ce matin, résultat du test : négatif ! Ouf ! Même le médecin qui a fait le test n’en revient pas, la chance que le test soit négatif était aussi élevée que celle de voir l’agité du bocal qui squatte actuellement le bureau ovale fermer volontairement son compte Twitter.

Mis à part le fait que l’annonce du résultat ce matin m’a littéralement libéré d’un énorme poids, que dire ? Je ne suis pas très porté sur le bla-bla religieux et le mysticisme. Quand j’entends les âneries des calotins, des porteurs de papillotes, des enturbanés en robe ou des sectaires de tout poil à propos du Covid-19, comme les mêmes à l’époque invoquaient un châtiment divin pour les malades du SIDA, j’ai envie de leur faire bouffer les pages de leur bouquin respectif une par une et sans eau ! Alors quoi, puisque je ne crois pas aux miracles divins, comment expliquer que ces deux femmes qui se sont embrassées, ont touché les mêmes objets et voyagé dans la même voiture puissent être, l’une malade et l’autre épargnée ? Je n’en sais rien, au fond. A titre personnel, je crois plutôt au destin et au hasard. En résumé, c’est ton heure ou ça ne l’est pas. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut vivre en trompe-la-mort ou passer sa vie à forcer son destin, mais simplement profiter à fond de nos vies sans se poser trop de questions ni se mettre trop de contraintes, en particulier de contraintes à fond de morale religieuse. 

Si nous tenons compte au quotidien de quelques principes simples comme le respect d’autrui ou le fait que notre liberté s’arrête là où commence celle des autres (et ce n’est pas toujours facile ni simple à appliquer), je suis convaincu que notre existence s’en trouve améliorée et simplifiée. Notre organisation sociétale réglemente suffisamment nos vies sans encore devoir en rajouter une couche au niveau moralité. Je n’ai jamais supporté qu’on me dise comment vivre, comment penser, que ou qui croire et n’ai jamais défini mon hygiène morale de vie en fonction d’un hypothétique chemin qui me conduirait tout droit dans les chaudrons de l’enfer ou vers des cours de harpe au paradis. Le paradis ou l’enfer, c’est ici et maintenant, sur notre bonne vieille planète et de toute notre force de vivants. Qu’on fasse le Bien ou Mal, on passe tous à la caisse à un  moment ou un autre.

Attention, je ne suis pas en train de dire que le Covid-19 choisit ses victimes en fonction de critères moraux, comment d’ailleurs un virus le pourrait-il ? Si c’était le cas, la plupart des chefs d’Etat seraient actuellement en réanimation ou à la morgue. Non, c’est bien plus prosaïque. Si nous sommes théoriquement égaux devant la loi, nous ne le sommes pas face à la maladie. Sinon, comment expliquer que des tueurs en série meurent dans leur lit quand d’innocents enfants meurent de leucémie avant d’avoir atteint l’âge de 10 ans. A la loterie de la biologie et de la génétique, nous tirons une bonne ou une mauvaise carte. Ensuite, évidement, ces prédispositions sont influencées et modelées par le milieu dans lequel nous naissons et vivons. Pas besoin d’avoir bac+10 pour comprendre que l’espérance de vie est supérieure en Suisse ou en France qu’au Bangladesh ou au Soudan.  Bref, je n’ai aucune explication rationnelle pour expliquer le miracle qui a épargné ma mère, mais je dis merci ! A la vie, au destin et à la chance. Son ou ses anges-gardiens veillent sur elle. Je souhaite évidemment que son amie s’en sorte au plus vite, car même si elle ne m’est pas proche, c’est une femme que j’apprécie beaucoup. 

Bon, j’arrête de vous bassiner avec mes histoires de famille et de miracle, mais j’ai une pensée pour toutes celles et tous ceux qui vivent les mêmes appréhensions, angoisses et panique à l’idée de voir une personne chère lutter pour sa survie sans certitude ni garantie. Et j’essaie de ne pas oublier la foule des anonymes, celles et ceux qui pleurent la perte d’un proche, d’un parent, d’un ami ou une amie. Je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises, j’insiste, j’envoie toute ma gratitude à ces soignants qui doivent quotidiennement assumer l’impréparation coupable des pouvoirs publics et qui sont face au choix impossible qui les oblige à décider en leur âme et conscience qui va vivre et qui va mourir.

Cet après-midi, j’ai visionné une vidéo de Bill Gates (le fondateur de Microsoft reconverti dans l’humanitaire) qui date de 2015 et qui explique qu’ensuite de l’épidémie Ebola nous aurions dû mettre en place une ou des stratégies au niveau mondial afin d’être prêts à affronter une nouvelle épidémie, épidémie qui allait de toute façon se déclarer à un moment ou un autre. Le réécouter 5 ans après, au moment même où le Covid-19 continue de s’étendre est tout simplement glaçant. Pour celles et ceux que ça intéresse, c’est par là, c’est en anglais sous-titré en français

Il ne faut pas non plus oublier que depuis des années, le dogme néolibéral nous entraine vers une privatisation des services publics qu’on veut au mieux rentables, au pire neutres en terme de coûts. Or, dans un contexte de santé publique (mais pas seulement), cela est impossible et, on le voit maintenant, inepte et dangereux. Les 22’000 postes supprimés dans les hôpitaux français depuis 2015 seraient bien utiles aujourd’hui. Les 15’000 lits évaporés sur l’autel de la rentabilité hospitalière également.

Et soyons honnêtes, à différents degrés c’est sans doute le cas dans la majorité des pays occidentaux. Je dois dire que je suis dubitatif quand j’entends ministres et présidents nous affirmer qu’il faut faire des économies sur les services publics. D’un côté, il est certain qu’il y a du gaspillage et des pertes qui pourraient être évités, mais lorsque ce sont les domaines de la santé, de l’éducation ou de la sécurité qu’on détruit, ce n’est plus acceptable.

Et puisqu’on parle de rentabilité, je ne les ai jamais entendu dire, du président au député ou sénateur, en passant par les ministres que leur fonction devait être soudain rentable. On exige de l’hôpital, de l’école ou de la police qu’ils soient rentables (on se demande bien comment, d’ailleurs), mais jamais que tel ministre ou élu le soit également. Eux, ils puisent dans les indemnités défiscalislées sans la moindre vergogne, vivent comme des princes sur la caisse publique et osent encore venir à la tribune ou à la télé expliquer à des gens qui survivent avec 1’200.-  € / mois qu’ils doivent faire des efforts, renoncer à ceci ou cela au nom du bien commun. Lorsque les déserts médicaux, scolaires et judiciaires ne cessent de s’étendre dans un pays, que la classe moyenne qui est le coeur vif de la nation se paupérise chaque année un peu plus, il ne faut pas être surpris de voir les gens descendre dans la rue, se mettre en grève ou occuper des rond-points vêtus de gilets de sécurité. 

Pour terminer, un peu d’humour. A l’approche de Pâques, on commence à voir circuler quelques gags liés à l’épidémie. Comme celui-ci : « La semaine sainte est suspendue jusqu’à nouvel, ordre. Seul Ponce Pilate sera autorisé à sortir car il se lave les mains » Ou celui-là : « Message du Christ à ses fidèles : cette année, je ne descends pas, c’est vous qui montez ». Pour mes lecteurs suisses, cette petite perle :

Enfin, sur une note plus triste, on a appris aujourd’hui que Manu Dibango avait succombé au Covid-19. Il était âgé de 86 ans, mais quand même. A propos, on n’a pas vu Justin Bieber depuis le début de l’épidémie. Je ne voudrais pas créer de vaines attentes, mais il n’est pas interdit d’espérer.

Manu Dibango à Paris en 1995. Photo Delphine Warin. Divergence

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