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Lundi 30 mars 2020 – Jour 14

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Au moment où nous bouclons notre seconde semaine de confinement, j’ai une pensée pour toutes celles et tous ceux qui depuis plusieurs semaines, et pas seulement depuis le début des mesures strictes de confinement, sont au front de l’épidémie et n’ont plus une minute de temps libre ou presque, vacillant entre épuisement mental et physique. Il y a bien sûr tous les soignants, mais pas que. Si je trouve normal qu’on parle beaucoup d’eux et qu’on leur adresse notre reconnaissance de différentes manières, j’ai le sentiment qu’on « oublie » trop les autres, tous les autres qui vont au charbon afin que nous puissions tout de même vivre avec un semblant de normalité dans une situation qui ne l’est en aucune manière. Je trouve dommage que la lumière dans laquelle on baigne nos courageux soignants laisse par contraste les autres dans l’ombre de la reconnaissance socio-médiatique. Alors que nous râlons ou pleurnichons parce que nous sommes bloqués à la maison et que nos déplacements sont limités à l’indispensable, j’aimerais qu’on prenne un moment pour penser à celles et ceux qui n’ont pas cette chance de pouvoir assurer leur sécurité sanitaire. 

Je vais sans doute en oublier et je les prie d’avance de m’excuser, mais voilà en vrac celles et ceux sans qui notre confinement virerait au cauchemar : employés de supermarchés, commerces et acteurs de la chaine alimentaires, routiers et chauffeurs-livreurs, marins et dockers, employés d’entrepôts et de distribution, éboueurs et employés de déchèteries, balayeurs de rue, employés des centrales électriques et raffineries, pompiers et forces de l’ordre, conducteurs-chauffeurs et employés des transports en commun, militaires, agents d’entretien des transports, journalistes de terrain, ambulanciers et urgentistes, employés de pharmacie et laborantins, employés d’aéroports et personnel navigant, employés de la chaine de production pharmaceutique, agriculteurs, éleveurs et maraichers, personnel des abattoirs, guichetiers et agents d’accueil administratifs, postiers, employés de voirie, employés des télécommunications, personnel carcéral, etc. Ca en fait du monde sur le pont ! Et quand on voit la pénurie de matériel pour celles et ceux qui sont au contact direct du virus, il est clair que tous les autres travaillent sans protection ou presque afin que nous ayons encore cette illusion de normalité. Dans une moindre mesure, je pense à ceux qui se sont sacrifiés à Tchernobyl et Fukushima afin que le reste de l’humanité puisse continuer à vivre à peu près normalement.

Etrange situation où les confinés tournent en rond chez eux en se demandant s’ils auront encore un emploi ou leur entreprise quand ce sera fini et où ceux qui travaillent tous les jours se demandent s’ils seront toujours vivants et en bonne santé lorsque la vie reprendra son cours normal. Depuis des années des voix s’élèvent contre la mondialisation et ses dérives, notamment pour ce qui concerne le dumping salarial et l’écart toujours grandissant entre les très riches et la classe moyenne qui, à de rares exceptions près, se paupérise chaque année un peu plus. Au-delà du débat de fond, il me semble important de relever qu’en situation de crise (ici, sanitaire, mais qui s’appliquerait à n’importe quelle situation de crise, économique, sociale, militaire ou catastrophe naturelle), eh bien ce sont en énorme majorité les moins bien payés qui sont les plus indispensables à notre survie. Le risque de vivre des situations d’urgence telles que celle dans laquelle nous somme plongés jusqu’au cou, c’est que nous ne nous focalisions que sur l’immédiatement nécessaire et vital en laissant de côté les causes et raisons qui nous conduit dans l’impasse. Lorsque nous râlons et sommes contrariés parce que nous ne pouvons plus aller boire un verre avec les copains, voir un film, voyager ou faire notre petit jogging, pensons à la chance que nous avons de pouvoir rester à l’abri quand d’autres n’ont pas ce choix.

Il n’est évidemment pas question de sacrifier les premières nécessités vitales sur l’autel du débat philosophique, mais il me parait tout aussi nécessaire et indispensable, le moment venu, de remettre en question notre mode de vie et de consommation. Puisque celles et ceux qui assurent notre survie actuelle n’ont sans doute ni le temps ni l’énergie de se poser ce genre de questions (encore que), il serait bien que nous qui sommes confinés et avons donc plein de disponibilité, prenions un peu de temps pour réfléchir à la suite. Quel type de société voulons-nous, dans quel monde souhaitons-nous vivre et laisser à nos descendants, où plaçons-nous notre reconnaissance sociale, à quelle échelle mesurons-nous notre réussite et celle des autres et quelle véritable importance donnons-nous à notre confort personnel ?

Placés devant une situation de crise qui est en train de changer pas mal de choses et entrainera sans doute de profonds bouleversements dans un futur proche, il est temps de commencer à réfléchir à ce que nous voulons vraiment et de se demander si un rééquilibrage des richesses et des priorités socioéconomiques n’est pas maintenant une nécessité. Ce serait sans doute une belle manière de montrer notre reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui continuent d’assurer notre bien-être actuellement. Si nous parvenons à tirer les bonnes leçons de cette crise, alors nous aurons fait un véritable pas en avant. Dans le cas contraire, toutes celles et tous ceux qui sont morts l’auront été pour rien et nos applaudissements aux balcons ne resteront que comme une manifestation de plus de notre stupidité, de notre égoïsme et de notre hypocrisie. 

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain.

Je vous laisse méditer cette phrase de l’auteur du Petit Prince.

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