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Mardi 24 mars 2020 – Jour 8

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Vous souvenez du gars avec la dégaine de Didier Raoult, qui marchait sur l’eau, transformait les lépreux en sosies de Georges Clooney et faisait des paralytiques des Lance Armstrong au sommet du Ventoux ? Oui, celui qui changeait l’eau en romanée-conti, a mis la moitié des boulangers et pêcheurs de l’époque au chômedu et que 12 SDF suivaient absolument partout. Eh bien je suis au regret de vous informer que c’était un petit joueur. Je ne parle pas de ses prêches qui nous enjoignaient à nous aimer les uns les autres, message finalement si peu peu suivi qu’on se demande s’il n’y a pas eu une erreur de traduction à un moment donné, mais de sa réputation de faiseur de miracle.

La personne la plus chère à mon coeur, ma fringante vieille môman pour ne pas la nommer, avait passé quatre jours avec une amie, amie qui s’est ensuite retrouvée ensuite à l’hôpital atteinte du Covid-19. Inquiétude immédiate, d’une part parce son grand âge la place dans les personnes vulnérables, mais surtout parce que son historique médical augmente encore sensiblement sa vulnérabilité au virus. En clair, si elle l’attrape, ses chances de survie ressembleront à celles d’une baleine qui se serait aventurée par mégarde dans les eaux territoriales japonaises en pleine saison de pêche. Envoyée d’urgence hier à l’hôpital pour effectuer un test de dépistage (comme quoi, malgré les rumeurs, il en reste encore quelques-uns au fond des tiroirs des dispensaires de brousse), j’ai passé la journée de hier dans la peau de Jacques Mayol. Et ce matin, résultat du test : négatif ! Ouf ! Même le médecin qui a fait le test n’en revient pas, la chance que le test soit négatif était aussi élevée que celle de voir l’agité du bocal qui squatte actuellement le bureau ovale fermer volontairement son compte Twitter.

Mis à part le fait que l’annonce du résultat ce matin m’a littéralement libéré d’un énorme poids, que dire ? Je ne suis pas très porté sur le bla-bla religieux et le mysticisme. Quand j’entends les âneries des calotins, des porteurs de papillotes, des enturbanés en robe ou des sectaires de tout poil à propos du Covid-19, comme les mêmes à l’époque invoquaient un châtiment divin pour les malades du SIDA, j’ai envie de leur faire bouffer les pages de leur bouquin respectif une par une et sans eau ! Alors quoi, puisque je ne crois pas aux miracles divins, comment expliquer que ces deux femmes qui se sont embrassées, ont touché les mêmes objets et voyagé dans la même voiture puissent être, l’une malade et l’autre épargnée ? Je n’en sais rien, au fond. A titre personnel, je crois plutôt au destin et au hasard. En résumé, c’est ton heure ou ça ne l’est pas. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut vivre en trompe-la-mort ou passer sa vie à forcer son destin, mais simplement profiter à fond de nos vies sans se poser trop de questions ni se mettre trop de contraintes, en particulier de contraintes à fond de morale religieuse. 

Si nous tenons compte au quotidien de quelques principes simples comme le respect d’autrui ou le fait que notre liberté s’arrête là où commence celle des autres (et ce n’est pas toujours facile ni simple à appliquer), je suis convaincu que notre existence s’en trouve améliorée et simplifiée. Notre organisation sociétale réglemente suffisamment nos vies sans encore devoir en rajouter une couche au niveau moralité. Je n’ai jamais supporté qu’on me dise comment vivre, comment penser, que ou qui croire et n’ai jamais défini mon hygiène morale de vie en fonction d’un hypothétique chemin qui me conduirait tout droit dans les chaudrons de l’enfer ou vers des cours de harpe au paradis. Le paradis ou l’enfer, c’est ici et maintenant, sur notre bonne vieille planète et de toute notre force de vivants. Qu’on fasse le Bien ou Mal, on passe tous à la caisse à un  moment ou un autre.

Attention, je ne suis pas en train de dire que le Covid-19 choisit ses victimes en fonction de critères moraux, comment d’ailleurs un virus le pourrait-il ? Si c’était le cas, la plupart des chefs d’Etat seraient actuellement en réanimation ou à la morgue. Non, c’est bien plus prosaïque. Si nous sommes théoriquement égaux devant la loi, nous ne le sommes pas face à la maladie. Sinon, comment expliquer que des tueurs en série meurent dans leur lit quand d’innocents enfants meurent de leucémie avant d’avoir atteint l’âge de 10 ans. A la loterie de la biologie et de la génétique, nous tirons une bonne ou une mauvaise carte. Ensuite, évidement, ces prédispositions sont influencées et modelées par le milieu dans lequel nous naissons et vivons. Pas besoin d’avoir bac+10 pour comprendre que l’espérance de vie est supérieure en Suisse ou en France qu’au Bangladesh ou au Soudan.  Bref, je n’ai aucune explication rationnelle pour expliquer le miracle qui a épargné ma mère, mais je dis merci ! A la vie, au destin et à la chance. Son ou ses anges-gardiens veillent sur elle. Je souhaite évidemment que son amie s’en sorte au plus vite, car même si elle ne m’est pas proche, c’est une femme que j’apprécie beaucoup. 

Bon, j’arrête de vous bassiner avec mes histoires de famille et de miracle, mais j’ai une pensée pour toutes celles et tous ceux qui vivent les mêmes appréhensions, angoisses et panique à l’idée de voir une personne chère lutter pour sa survie sans certitude ni garantie. Et j’essaie de ne pas oublier la foule des anonymes, celles et ceux qui pleurent la perte d’un proche, d’un parent, d’un ami ou une amie. Je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises, j’insiste, j’envoie toute ma gratitude à ces soignants qui doivent quotidiennement assumer l’impréparation coupable des pouvoirs publics et qui sont face au choix impossible qui les oblige à décider en leur âme et conscience qui va vivre et qui va mourir.

Cet après-midi, j’ai visionné une vidéo de Bill Gates (le fondateur de Microsoft reconverti dans l’humanitaire) qui date de 2015 et qui explique qu’ensuite de l’épidémie Ebola nous aurions dû mettre en place une ou des stratégies au niveau mondial afin d’être prêts à affronter une nouvelle épidémie, épidémie qui allait de toute façon se déclarer à un moment ou un autre. Le réécouter 5 ans après, au moment même où le Covid-19 continue de s’étendre est tout simplement glaçant. Pour celles et ceux que ça intéresse, c’est par là, c’est en anglais sous-titré en français

Il ne faut pas non plus oublier que depuis des années, le dogme néolibéral nous entraine vers une privatisation des services publics qu’on veut au mieux rentables, au pire neutres en terme de coûts. Or, dans un contexte de santé publique (mais pas seulement), cela est impossible et, on le voit maintenant, inepte et dangereux. Les 22’000 postes supprimés dans les hôpitaux français depuis 2015 seraient bien utiles aujourd’hui. Les 15’000 lits évaporés sur l’autel de la rentabilité hospitalière également.

Et soyons honnêtes, à différents degrés c’est sans doute le cas dans la majorité des pays occidentaux. Je dois dire que je suis dubitatif quand j’entends ministres et présidents nous affirmer qu’il faut faire des économies sur les services publics. D’un côté, il est certain qu’il y a du gaspillage et des pertes qui pourraient être évités, mais lorsque ce sont les domaines de la santé, de l’éducation ou de la sécurité qu’on détruit, ce n’est plus acceptable.

Et puisqu’on parle de rentabilité, je ne les ai jamais entendu dire, du président au député ou sénateur, en passant par les ministres que leur fonction devait être soudain rentable. On exige de l’hôpital, de l’école ou de la police qu’ils soient rentables (on se demande bien comment, d’ailleurs), mais jamais que tel ministre ou élu le soit également. Eux, ils puisent dans les indemnités défiscalislées sans la moindre vergogne, vivent comme des princes sur la caisse publique et osent encore venir à la tribune ou à la télé expliquer à des gens qui survivent avec 1’200.-  € / mois qu’ils doivent faire des efforts, renoncer à ceci ou cela au nom du bien commun. Lorsque les déserts médicaux, scolaires et judiciaires ne cessent de s’étendre dans un pays, que la classe moyenne qui est le coeur vif de la nation se paupérise chaque année un peu plus, il ne faut pas être surpris de voir les gens descendre dans la rue, se mettre en grève ou occuper des rond-points vêtus de gilets de sécurité. 

Pour terminer, un peu d’humour. A l’approche de Pâques, on commence à voir circuler quelques gags liés à l’épidémie. Comme celui-ci : « La semaine sainte est suspendue jusqu’à nouvel, ordre. Seul Ponce Pilate sera autorisé à sortir car il se lave les mains » Ou celui-là : « Message du Christ à ses fidèles : cette année, je ne descends pas, c’est vous qui montez ». Pour mes lecteurs suisses, cette petite perle :

Enfin, sur une note plus triste, on a appris aujourd’hui que Manu Dibango avait succombé au Covid-19. Il était âgé de 86 ans, mais quand même. A propos, on n’a pas vu Justin Bieber depuis le début de l’épidémie. Je ne voudrais pas créer de vaines attentes, mais il n’est pas interdit d’espérer.

Manu Dibango à Paris en 1995. Photo Delphine Warin. Divergence

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