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Samedi 21 mars 2020 – Jour 5

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– Allo ? Ah, tchô c’t’ami ! Ça joue ?

– Ouais, ça va pas mal, et toi ?

– Bien, merci. Alors, qu’est-ce que tu fais de beau ce week-end ? 

– Je sais pas encore, et toi tu fais quoi ?

– Ah b’en là j’hésite entre un petit camping à la salle-de-bain et une après-midi plage sur le balcon.

– Ah ouais, sympa la plage avec ce beau temps.

Un peu surréaliste, le dialogue, non ? On rigole, on rigole, mais dans une semaine, un mois ? Ceux qui ont une cave organiseront des expéditions spéléo entre les caisses de Bourgogne et de Bordeaux (si elles n’ont pas toutes été bues) et les chanceux qui possèdent un grenier s’offriront des sensations fortes en improvisant des sessions d’alpinisme entre solives et poutres porteuses. Je pense à ceux qui vivent dans un manoir familial et qui pourront également lancer des fouilles archéologiques dans les malles de l’arrière-grand-mère ou chercher des fossiles dans le vieux puits abandonné. Ceux qui patinent dans des lofts de 300 m2 peuvent envisager une tyrolienne ou improviser une piste de bowling entre la cuisine et le coin bureau. Les chanceux qui ont encore une baignoire ont la possibilité de se mettre à la plongée et pour ceux qui n’ont qu’une douche, la faire couler, s’asseoir sur une chaise, fermer les yeux et imaginer qu’ils visitent les chutes du Rhin. Les fans de Mike Horn qui possèdent un gros congélo-bahut pourront revivre son expédition arctique sans sortir de chez eux et quelques privilégiés ayant une serre ou un jardin d’hiver peuvent mettre sur pied une version light de Koh-Lanta.

Pour ceux qui ont des enfants et ont déjà épuisé tous les jeux possibles et imaginables, fait et refait dix fois le puzzle 5000 pièces du coucher de soleil sur une plage de sable fin, il y a éventuellement une possibilité, pour autant que les murs de l’appartement aient besoin d’un bon rafraîchissement. Allez sur le web, trouvez de bonnes photos de la Chapelle Sixtine et demandez à vos gosses de jouer à Michel-Ange ! Nota bene : Il n’est peut-être pas inutile de les laisser commencer par leur chambre avant de leur autoriser l’accès au salon. Bien, voilà pour les galéjades. J’avais besoin de commencer par ça, la suite étant nettement moins drôle.

Bien que confiné dans le sud de la France, j’ai gardé des attaches familiales et amicales fortes dans mon pays d’origine, la Suisse. Je suis donc attentif à l’évolution de la situation en Helvétie et ce que je constate me rend absolument furieux et stupéfait ! Alors que l’Italie, l’Espagne et la France ont imposé un confinement strict de leur population pour ralentir la progression du SRAS-Cov-2, le gouvernement suisse joue à la dinette avec des mesurettes non seulement inefficaces mais systématiquement en retard de plusieurs jours sur la réalité du terrain. Je ne suis ni médecin, ni virologue, ni épidémiologiste, ni même statisticien mais je sais lire des chiffres et faire des règles de trois. Voici donc les chiffres bruts mis à jour en temps réel par les chercheurs et médecins de l’université John Hopkins aux Etats-Unis. En l’absence de dépistage systématique (seules les personnes présentant des symptômes sont testés), ces chiffres sont au mieux la fourchette basse des cas de CoVid-19. Comme ce sont les seuls chiffres disponibles, tout le monde se base là-dessus pour mesurer la progression de l’épidémie.

En préambule, les chiffres arrondis de la population pour chaque pays :

  • Suisse : 8.5 millions d’habitants
  • France : 67 millions d’habitants 
  • Italie : 60,5 millions d’habitants
  • Espagne : 47 millions d’habitants
  • Allemagne : 83 millions habitants

Source : populationdata.net (le lien se trouve sous l’onglet « ressources » du blog)

En ce samedi 21 mars, voici la situation de propagation du CoVid-19 à 14h13 :

  • Suisse : 6’113 cas pour 58 morts
  • France : 12’459 cas pour 450 morts
  • Italie : 47’021 cas pour 4’032 morts
  • Espagne : 25’374 cas pour 1’375 morts
  • Allemagne : 20’705 cas pour 72 morts

Source : Center for Systems Science and Engineering (CSSE) de l’université John Hopkins (USA) (le lien se trouve sous l’onglet « ressources » du blog)

N.B. : ce même jour à 12h43, le décompte de cas en Suisse s’élevait à 5’544 pour 56 morts. Une heure et demi plus tard, nous avons 569 cas et 2 morts de plus. Dans le même laps de temps, la France a une augmentation de 24 cas et 0 mort. Les heures données sont celles qui figurent sur le site de l’université lors des mises à jour.

Maintenant voici le ratio de contamination et de morts pour 100’000 habitants de chaque pays cité :

  • Suisse : 71,9 cas pour 0,68 décès
  • France : 18,6 cas pour 0,67 déces
  • Italie : 77,7 cas pour 6,66 décès
  • Espagne : 53,9 cas pour 2,9 décès
  • Allemagne : 24,9 cas pour 0,09 décès

Mesures de confinement :

  • Suisse : confinement conseillé 
  • France : confinement obligatoire
  • Italie : confinement obligatoire
  • Espagne : confinement obligatoire
  • Allemagne : confinement conseillé, sauf en Bavière où il est obligatoire.

Tous les pays ont en outre mis en place des mesures de distanciation sociale dans l’espace public ouvert ou fermé.

Que déduire de ces chiffres ? 

Premièrement, et ce n’est une surprise pour personne, l’Italie est de loin le pays le plus touché avec presque 78 personne infectées pour 100’000 habitants. Juste derrière, on trouve la Suisse avec 72 personnes infectées et un bon bout plus loin l’Espagne avec 54 personnes infectées. Encore plus loin, on trouve l’Allemagne avec 25 personnes et la France avec ses 19 personnes malades pour 100’000 habitants.  On constate donc que la France qui a pris des mesures drastiques aussitôt que les cas ont commencé à augmenter est le pays qui contient le mieux l’expansion de l’épidémie à ce jour. La Suisse qui n’a pris aucune mesure radicale est en passe de rattraper, voire de dépasser l’Italie en ratio cas/population. 

On voit aussi que les pays comme l’Espagne et l’Italie qui ont trop attendu pour imposer le confinement strict ont énormément de peine à juguler la propagation de l’épidémie. L’Allemagne (état fédéral comme la Suisse) attend encore un peu même si la Bavière a pris les devants. 

Si l’on regarde maintenant le nombre de morts, toujours pour 100’000 habitants, on constate que l’Allemagne est le pays qui soigne le mieux ses concitoyens très largement devant tout le monde avec tout juste pas un mort pour 1 million d’habitants ! Un bon bout derrière, mais bons élèves tout de même, la France et la Suisse avec 6,7 et 6,8 morts pour 1 million d’habitants. Ensuite, c’est la catastrophe pour nos amis italiens et espagnols avec presque 67 décès pour 1 million en Italie et 29 en Espagne. Au vu du niveau médical sensiblement similaire en Europe, on voit clairement que certains pays sont complètement dépassés en terme de moyens thérapeutiques à disposition. 

Je crains fort que la situation suisse ne dégénère à l’italienne d’ici quelques jours. La seule chose qui me rassure un peu c’est que la Suisse est un pays où le réseau de soins est très dense avec des hôpitaux à tous les coins de rue ou presque. Néanmoins, si le nombre de cas graves explose comme en Italie, les centres de soins vont très vite être submergés et nos médecins contraints à ces choix morbides qui consistent à choisir qui va vivre ou mourir. Ce qui me met en rage, c’est que nous avions les exemples italiens et espagnols sous les yeux et qu’il était possible de prendre des mesures draconiennes très rapidement. Mais non, en Suisse, on est (toujours) les meilleurs en tout, on a la plus belle démocratie du monde, une économie florissante et un taux de chômage que presque tout le monde nous envie. Ne parlons même pas de notre pouvoir d’achat et du fait que le budget confédéral est excédentaire depuis des années. 

Alors quand on lui demande pourquoi il n’impose pas le confinement strict, le ministre suisse de l’intérieur en charge de la santé publique, M. Alain Berset, déclare avec une certaine arrogance qu’il ne pratique pas la politique-spectacle. Fermez le ban, question suivante. Lui, il est bien parti pour gagner un concours de bottage de culs à un congrès d’unijambistes ! Et vu que le gouvernement suisse prend ses décisions collégialement, ses 6 collègues n’ont rien à lui envier en matière de cécité politique. Tous dans le même panier. Mesdames et Messieurs, quand cette saleté sera derrière nous, il faudra rendre des comptes et les « je suis désolé, je n’ai saisi l’ampleur du problème que trop tard » ne suffiront pas ! Si ça tourne vraiment mal, j’espère que vous aurez la décence de démissionner aussi collégialement que vous avez collégialement échoué. Rendez-nous Furgler, Oggi et Delamuraz ! Et même Couchepin, tant qu’on y est !

Comme ça a été le cas tout d’abord en France et probablement ailleurs, nos autorités n’ont pas pris la mesure du problème sanitaire. Les considérations prioritaires ont été (et sont sans doute encore) d’ordre économique. Je comprends bien le dilemme, tous les gouvernements sont tiraillés entre l’obligation de garder leur population en sûreté et celle de maintenir l’économie à flot. Sauf que rapidement, tous les pays qui nous entourent ont dû faire le choix sanitaire au détriment de l’économie. La Suisse n’y échappera pas, c’est mathématique. Sauf que les dégâts seront considérables, bien plus que dans les pays où des mesures radicales ont été prises. A se demander si les autorités suisses n’ont pas décidé de laisser faire la sélection naturelle. 

Je suis d’autant plus en colère que la Suisse est un des pays les plus riches du monde ! On croule sous le pognon à tel point que chaque année depuis des années, le ministre des finances vient nous annoncer  d’un large sourire que la Confédération a dégagé des milliards d’excédents budgétaires et que c’est génial, on rembourse notre dette publique quand nos voisins creusent la leur inexorablement. Et quand la gauche et parfois le centre demandent gentiment d’utiliser cet argent à des fins sociales (chômage, retraites, assurance maladie, culture, etc), le gouvernement et la droite répondent que non, il faut faire des réserves au cas où le pays serait confronté à une crise grave. Eh bien, bon dieu, si la crise du CoVid-19 n’en est pas une, je ne sais pas ce qui peut l’être.

Donc maintenant, il va falloir ouvrir les coffres de la BNS et prendre des mesures de soutien à l’économie pendant qu’on soigne les gens. Et quand je parle de soutien, je pense à tous les secteurs de l’économie, pas seulement les banques et les grosses entreprises des secteurs secondaires et tertiaires. Il faudra aussi aider les artisans, les indépendants, les agriculteurs et le petit commerce. Et si la Suisse doit s’endetter, elle s’endettera ! Question de cohésion sociale et de solidarité. Et accessoirement, cette crise sanitaire permettra peut-être de changer nos paradigmes économiques et de vraiment lancer la transition énergétique et climatique dont on parle depuis des années sans jamais oser y aller. Bref, si ça continue, on pourra bientôt remplacer l’hymne national par la marche funèbre de Chopin.

Voilà c’était le coup de sang de la semaine ! Ce sera tout pour aujourd’hui, à demain de meilleure humeur je l’espère.  

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