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Samedi 4 avril 2020 – Jour 19

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En ce 19ème jour de confinement, je prends un moment pour me demander de quoi, au fond, je manque, ou plutôt de quoi j’ai l’impression de manquer. Eh bien le truc qui me manque le plus ici, c’est la salade de dents-de-lion ! Bon, je sais que vous êtes en train de penser que si mon seul problème est de ne pas pouvoir manger ce plat de saison, je ferais mieux de me taire ! Oui, mais c’est drôlement bon, la salade de dents-de-lion. Avec les petits lardons grillés et les oeufs mollets, c’est même un plaisir rare. Sinon, au niveau nourriture, je ne manque de rien, nous trouvons de très bons produits frais et bio (ou pas) auprès des petits producteurs locaux qu’on rencontrait jusqu’ici au marché le samedi matin. Vu l’interdiction des marchés, les étaliers ont obtenu une autorisation de faire des mini-marchés (3 producteurs maximum) et se répartissent l’espace tout au long de la semaine. De plus, il y a l’échoppe des petits producteurs qui reste ouverte quand l’épicerie paysanne vient de fermer pour un mois. Normal, le gars qui la tient a des soucis d’approvisionnements et ne réalisait que 10.-€ de chiffre d’affaire certains jours. Dans ces conditions, autant rester à la maison.

Au chapitre des « quoi », franchement, je n’ai pas l’impression de manquer de quoi que ce soit d’important ou d’immédiatement nécessaire. Evidemment, mon voilier et la navigation me manquent un peu, certains jours plus que d’autres. Le fait que les températures ne soient pas encore vraiment printanières m’aide bien également. Mais je sais que dès les bonnes chaleurs installées, ça va recommencer à me démanger. Même si on ne peut pas aller partout, le simple fait de pouvoir être en mer sera une fabuleuse récompense. De plus, Azymuthe est prêt à partir à 99%, juste un service moteur à faire et mettre les écoutes à poste.

J’ai d’ailleurs fait partie des râleurs lorsque la navigation est devenue interdite et les ports bouclés. Selon le raisonnement que si on parle de confinement, un des meilleurs et des plus sûrs endroits restait un bateau au mouillage et encore plus en haute mer. Oui, sauf qu’il y a tout l’aspect sécuritaire de la chose. En cas de problème important, gendarmerie, SNSM ou encore douanes sont tenues de répondre et d’intervenir. Dès lors, il est très vite apparu que les services d’urgence avaient sans doute d’autres priorités que le sauvetage de plaisanciers en balade. Donc très logiquement, tout le monde reste au port. J’adore être sur mon voilier, mais dès l’instant où on ne peut pas bouger et qu’on est confinés, je suis nettement mieux à terre pour profiter de tout le confort y relatif. 

En revanche si je ne ressens que très peu le manque matériel, je commence à avoir envie de voir ma famille, mes amis et mes proches. Ce d’autant que fixer une date raisonnable pour les retrouvailles est au mieux aléatoire en ce moment. On dit souvent que la nature a horreur du vide, je crois que l’humain, en général, a horreur de l’incertitude. Si la séparation d’avec ceux qu’on aime peut être parfois ressentie comme difficile, je trouve que ne pas savoir quand on les reverra est bien plus délicat à gérer. J’ai de la chance, nous sommes un petit groupe très sympa ici et si nous ne nous voyons pas systématiquement tous les jours, il est très agréable de savoir qu’on n’est pas complètement seuls et isolés comme certains.

Côté positif, nous avons la chance de vivre cette crise à l’heure d’internet, de l’email, des réseaux sociaux et des SMS ou apparentés. L’outil informatique constitue réellement un énorme plus, en tous cas pour toutes celles et tous ceux qui sont connectés. Télétravail, cours à distance, vidéo-conférence sont devenus indispensables en cette période de confinement. Si les cinémas et salles de spectacle sont fermés, nous avons le streaming et les diffusions en direct de certains artistes, eux aussi confinés. Dernier truc à la mode, le vidéo-apéro. Comme le relevait une amie, le gros avantage est qu’on n’a pas à prendre le volant pour rentrer à la maison.

Je me rends compte aussi que je pense plus souvent aux gens que j’aime et apprécie et ai envie de prendre des nouvelles et en donner. L’occasion peut-être aussi de renouer des liens distendus ou brisés. En cette fin de 3ème semaine de confinement, le temps long a commencé à s’installer et même si nous ne savons pas encore quand les choses vont commencer à vraiment s’améliorer, je pense que nous avons tous adapté notre manière de vivre et fonctionner. L’être humain est naturellement résilient lorsque les circonstances l’exigent. Avec des exceptions, bien sûr.

Je trouve également très intéressant de réfléchir à l’après Covid-19. Quelles vont être les conséquences sociales immédiates ? S’achemine-t-on vers le port permanent du masque dans l’espace public ? Est-ce que les serrements de mains ou les embrassades vont disparaitre de nos usages et habitudes ? Va-t-on revoir les hygiaphones aux guichets postaux, administratifs et bancaires ? Est-ce que les magasins devront conserver des accès réduits ou au contraire vont-ils disparaitre au profit des commandes en ligne pour tout, tout le temps ? Et les bistros, hôtels et autres restaurants, bars et boites de nuit ? Alors que le bistro/PMU de quartier est une institution sociale presqu’aussi ancienne que le regroupement des populations en villages, bourgs et villes, quel visage aura-t-il demain ? Finies les tables rondes où les esseulés se retrouvaient pour partager un verre et un moment de discussion en revenant des courses ou du travail ? Fini les apéros conviviaux agglutinés au comptoir où les miasmes circulent plus vite qu’une MST dans un clandé du XIXème siècle ? 

On parle beaucoup de désinfection systématique et quotidienne de tout l’espace public. Imaginons un instant ce que ça signifie pour nos habitudes de vie, pour les commerces et entreprises. J’imagine qu’il va falloir s’adapter et organiser son quotidien selon de nouveaux standards très contraignants. Va-t-on devoir aller faire ses courses en devant systématiquement prendre des rendez-vous tout comme nous le faisons naturellement aujourd’hui pour aller chez le médecin ou le dentiste ? Si oui, j’imagine qu’on va relire nos listes de courses dix fois avant d’aller se ravitailler. Terminé d’aller en vitesse acheter le kilo de farine ou la branche de persil qu’on a oublié de noter.

Si nous trouvons normal de devoir appeler un restaurant pour réserver une table, imagine-t-on une nouvelle application de téléphone où nous devrons réserver une une table pour venir boire un café à une heure précise et pour une durée convenue ? Et franchement, je ne me vois pas bien vivre dans un monde où tout le monde serait masqué, où on ne pourrait plus voir un beau sourire d’enfant ou la joie d’une femme ou d’un homme qui vient d’apprendre une bonne nouvelle. Si nous devons rapidement changer la plupart de nos code sociaux et de vivre ensemble, comment vont se développer les rapports humains ?

Depuis des années, ma tendance au misanthropisme s’accentue et ce ne sont pas les cinq dernières années passée en mer qui ont arrangé les choses. Je suis assez sélectif dans mes relations sociales et amicales, mais les gens que j’aime et apprécie, j’ai besoin d’avoir des contacts avec eux. J’ai besoin de pouvoir les prendre dans mes bras, les embrasser, les toucher, leur serrer la main et les respirer. Vivre la solitude et l’isolement n’est pas facile ni évident, mais vivre isolé en étant entouré de gens me parait être une perspective bien attristante et déprimante. A l’aune de l’égoïsme qui tend à régir nos interactions sociales depuis vingt ou trente ans, l’avenir me parait tout sauf enviable. Comme un leitmotiv que les fans de la série Game of Throne connaissent par coeur, « winter is coming ».

Et ce sera tout pour aujourd’hui, à demain. 

L’éclat de rire du jour :

  1. De la dent de lion, dire que je n’y ai pas pensé, mercredi je vais aller faire une petite récolte ! Bien que j’ai de gros problèmes de dos,(purée que la terre est basse quand il faut se baisser cent et une fois,) je vais depuis deux semaines déjà, ramasser du bois mort au bord des chemins de forêts pour notre cheminée, et là, voyez-vous Olivier, c’est une chose que je vais continuer à faire, pour l’après Covid, tout comme aller acheter à nouveau ( après un déménagement un changement de région, je ne l’ai plus fait) mes patates directement chez le producteur…

    • Pour le dos, contacter de ma part le magicien de la chiro, Dr Philippe Roulet dans le bâtiment vert pâle en face de la Migros Bel-Air (j’ai pas l’adresse avec moi, seulement son mail). J’ai eu mal au dos en permanence pendant 35 ans avant de trouver le miracle avec lui. 😉

      • Je le consulte depuis 2007, Maintenant que je sais ce que je ne dois plus faire, il est plus rare que je fasse appel à ses soins. Quand je fais des conneries, parce que je n’ai pas le choix de faire certaines choses, ou d’autres pour le plaisir, comme de ramasser du bois morts, et de le faire durant trois jours de suite, là, oui, j’aurai besoin de lui. Mais depuis le temps, je sais gérer mes douleurs, il n’y a rien de tels que de ne plus rien faire. Rien, c’est ne plus rien soulever, porter et ne plus me baisser durant quelques jours, et la crise fini par passer. Philippe Roulet, c’est l’homme aux mains d’or pour tout ceux qui souffrent du dos à des km à la ronde…! (Ruelle Vauthiez)

  2. Ce qui me manque le plus ? Ne pas pouvoir aller marcher durant des heures au Creux du Van, appareil de photo autour du cou et petit chien attaché à la ceinture. Il n’y a jamais personne là haut, avant juin, mais en ce moment, tout ce qui est habituellement désert, devient surpeuplé. Surpeuplé de groupe des 5 personnes, groupes distants les uns des autres de 2 mètres… Un moment donné, vu que les m2 de pâturages ne sont pas extensible, c’est comme en juillet et août, la foule ! J’aime pô la foule mouâ!

    • Je comprends, c’est très dur pour celles et ceux qui ont besoin de la nature. Mes sapins jurassiens me manquent aussi, mais presque plus lorsque j’étais sous les tropiques. Des fois, à noël quand il fait 32°, on se prend à rêver (mais trop longtemps) de neige et de vrai hiver.

    • J’imagine bien que les endroits habituellement tranquilles à cette saison sont envahis par ceux qui connaissent et ne sont pas trop loin. Rien qu’au Vallon, y a un réservoir de plus de 10’000 personnes qui connaissent le coin. Par contre ça me gaverait de voir des plaques ZH ou UR au Solliat. 😉

      • J’ai écouté les infos de 18 h sur RTN. Le chef de la police neuchâteloise y faisait rapport des activités et des constat du week-end..Le parking du Soliat, c’était surtout bourbines, et il entend que eux aussi, soit rendus attentifs au “Rester chez vous”!

        FB : Police Neuchâteloise
        7 h ·
        Covid-19 Week-end du 04 et 05 avril 2020

        La police neuchâteloise a constaté que dans les villes et au bord du lac de Neuchâtel, la population a globalement bien respecté les consignes et nous la remercions.

  3. Coucou Oli
    Je vais faire une salade de dents-de-lion pour Vendredi Saint … peut-être sans les lardons vu la date quoique …. et ce sera juste pour me remémorer nos dimanches soirs 😉prends bien soin de toi et je me réjouis de te revoir pour discuter de toute cette période 😘

    • Fais gaffe, je vais te prendre au mot ! 😋
      Toi aussi, prends bien soin de toi. Je ne sais pas quand on aura l’occase de revoir, mais j’espère avant nos retraites respectives.😅😎 Et nul doute qu’il y aura matière à discussion. 😘

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